23 septembre 2009
Moonwalk: L'autobiographie de Michael Jackson.
Suite de l'autobiographie Moonwalk.
Moi et Q (Quincy) (Chapitre 4 - en entier)
J’avais déjà rencontré Quincy Jones à Los Angeles quand j’avais douze ans. Plus
tard, Quincy me raconta que Sammy Davis Junior lui avait dit : " Ce môme est le
prochain plus gros coup de toute l’histoire du show-biz ".
J’étais très jeune à l’époque mais je me souvenais que Sammy Davis m’avait
présenté à Quincy.
C’est sur le tournage du " Wiz " que notre amitié s’est développée, et elle s’est très
vite transformée en rapports père-fils. Après le tournage du " Wiz ", je l’ai appelé et je
lui ai dit : " Écoutez, je vais faire un album bientôt. Est-ce que vous pourriez me
recommander un arrangeur ? " Ma question n’était pas hypocrite, mais naïve, et
complètement honnête. Nous avons parlé musique, puis après m’avoir donné
quelques noms et bavardé de tout et de rien, il m’a dit : " Pourquoi on ne le ferait pas
ensemble ce disque ? "
Je n’y avais même pas pensé. Il pensait peut-être que j’arrivais avec mes gros
sabots pour lui demander de travailler avec moi, mais ce n’était pas le cas. Je
n’imaginais même pas qu’il puisse s’intéresser à ma musique. Aussi ai-je bafouillé
quelque chose : " Oh oui, c’est une idée super. J’y avais pas pensé ".
Quincy me met encore en boîte avec cette histoire.
Et aussitôt, on a commencé à planifier l’album qui s’est appelé " Off the Wall ".
Mes frères et moi étions décidés à monter notre propre société de production et nous
cherchions un nom de label.
J’ai toujours pensé que les paons sont des animaux magnifiques et j’avais beaucoup
admiré le paon que Berry Gordy avait dans une de ses maisons. Et puis je suis
tombé sur un article dans un magazine avec une photo de paon sublime et un long
commentaire sur les caractéristiques de cet oiseau. Le journaliste expliquait que le
plumage du paon s’épanouit complètement quand il est amoureux, et qu’à ce
moment-là, toutes les couleurs de l’arc-en-ciel explosent sur son corps.
La métaphore était tellement saisissante que je décidai de donner ce nom à notre
société. C’était le message que je voulais donner pour exprimer notre intense
dévouement les uns pour les autres, ainsi que nos intérêts à facette multiples. Mes
frères aimèrent cette idée, et c’est ainsi que nous avons mis de côté le nom Jackson
pour adopter celui de " Peacock Productions ". Notre premier tour du monde nous
avait donné le goût et l’envie d’unir les gens de toutes races grâce à la musique.
Après tout, nous étions des musiciens noirs. Notre devise, c’était : " La musique se
fiche de la couleur de la peau. " C’est ce que nous ressentions chaque soir, en
particulier en Europe et dans les autres parties du monde que nous visitions. Les
gens aimaient notre musique. Ils ne se souciaient pas de la couleur de notre peau ni
de notre pays d’origine.
Nous voulions créer notre propre compagnie parce que nous étions prêts à établir
notre présence dans le monde musical, non seulement en tant que chanteurs, mais
aussi en tant que compositeurs, paroliers, arrangeurs et directeurs artistiques. Nous
nous intéressions à tellement de choses, qu’il nous fallait un parapluie pour nous
protéger. CBS avait accepté de nous laisser produire notre propre album, les deux
précédents s’étaient bien vendus, mais " Different Kind of Lady " montrait un potentiel
qui valait la peine d’être développé.

Ils ne nous imposaient qu’une seule condition : que nous acceptions un directeur
artistique, Bobby Colomby, alors avec Blood Sweat and Tears, pour s’assurer que
nous nous en sortions bien, et qui resterait à notre disposition au cas où nous
aurions besoin d’aide. Nous savions qu’il nous fallait faire appel à d’autres musiciens
pour les séances, pour avoir un son parfait, et nous avions des faiblesses dans deux
domaines : les claviers et les arrangements.
Nous avions un matériel complètement performant dans notre studio Encino, mais
nous ne savions pas vraiment bien nous en servir. Greg Phillinganes était jeune pour
un ingénieur de studio " pro ", mais c’était un plus pour nous, parce que nous
voulions quelqu’un qui soit plus ouvert aux nouvelles idées que les vétérans que
nous avions rencontrés au cours des dernières années.
Il vint chez nous, dans notre studio pour préparer la production et nous nous sommes
tous surpris mutuellement. Tous nos préjugés tombèrent les uns après les autres.
Toutes nos conceptions musicales se transformaient. C’était super. Greg lisait nos
pensées au fur et à mesure et il nous surprenait par le génie avec lequel il exécutait
ce que nous entendions.
Nous voulions sonner plus funky et plus clean que dans nos disques précédents,
avec une basse plus tranchante et des cuivres plus aigus. Nous aimions aussi
beaucoup la façon dont Philly International faisait sonner les choeurs, mais quand le
mixage arrivait, il y avait toujours des trucs qui n’allaient pas, à cause des murs de
cymbales et de cordes qui étouffaient les voix. Greg écoutait nos suggestions et
orchestrait les sons comme nous l’imaginions. Puis Bobby fit venir un autre
percussionniste pour soutenir Randy. Il s’appelait Paulinho da Costa, et nous étions
un peu inquiets au début parce que Randy pensait qu’il ne pouvait pas assurer tout
seul les percussions. Mais Pauliho apporta la tradition de la samba brésilienne, qui
utilise des instruments primitifs parmi les plus inattendus, et les plus intéressants.
Lorsqu’ils ont joué ensemble, Randy, de manière conventionnelle, et da Costa en
improvisation virtuose, c’est comme si la boucle des sons de percussion était
bouclée.
Sur le plan artistique nous étions à la limite du rock’n roll et du hard. Nous avions
travaillé avec les gens les plus compétents, les plus intelligents, les plus célèbres de
chez Motown et Philly International, et nous aurions été imbéciles de dénigrer les
choses que nous avions apprises grâce à eux, et pourtant, nous ne voulions pas être
à la traîne, en imitant les autres. Heureusement, Bobby était arrivé avec une chanson
qui s’appelait " Blame It On the Boogie ". C’était une bonne approche pour ce que
notre groupe essayait de cultiver : un rythme " uptempo ", des claquements de
doigts, et j’adorais le chorus : " Blame It On the Boogie " parce que je pouvais le
chanter d’un seul trait sans respirer et sans serrer les lèvres une seule fois. Une
petite surprise amusante quand on a découvert l’intérieur de la pochette de l’album :
on a lu que la chanson " Blame It On the Boogie " avait été écrite par trois types
d’Angleterre dont l’un d’eux s’appelait Michael Jackson. Coïncidence sidérante ! En
réalité, c’était complètement naturel pour moi d’écrire des chansons disco parce que
j’avais l’habitude d’incorporer des parties instrumentales pour la danse dans toutes
mes chansons.
Notre avenir était une chose incertaine et excitante. Beaucoup de choses
changeaient, dans notre dynamique personnelle, familiale, artistique. Tous ces
nouveaux projets m’obligèrent à réfléchir sur la manière dont je vivais ma vie, en
particulier avec les gens de mon âge. J’avais toujours endossé beaucoup de
responsabilités, mais d’un seul coup, tout le monde me tombait dessus en même
temps. Il fallait que je sache ce que les gens voulaient de moi et ce que je pouvais
leur donner. C’était difficile, mais je devais être vigilant avec mon entourage. Dieu
était la première priorité, ma mère, mon père, mes frères et soeurs venaient ensuite.
On faisait souvent allusion devant moi à une vieille chanson de Clarence Carte qui
s’appelait " Patches ". Elle raconte l’histoire du fils aîné qui doit prendre en charge
toute la famille lorsque son père meurt et que la mère lui demande de devenir le
patron de la ferme. Nous n’étions pas fermiers, et je n’étais pas le plus âgé, mais je
me suis retrouvé avec un drôle de fardeau sur les épaules, et les miennes ne sont
pas athlétiques.

J’ai toujours eu du mal à dire non à ma famille et aux gens que j’aime. Chaque fois
qu’on me demande de faire quelque chose, j’accepte, même si je suis inquiet à l’idée
de ne pouvoir y arriver.
J’avais beaucoup de responsabilités et j’étais souvent au bord de la crise de nerfs.
Le stress est un vrai fléau. C’est difficile de contenir ses émotions trop longtemps. A
cette époque-là, beaucoup de gens se demandaient si je m’intéressais encore à la
musique après m’être investi dans le cinéma. Certains prétendaient que ce n’était
pas le moment favorable pour notre groupe de proposer un nouveau style. Mais, bien
attendu, la suite prouvait le contraire.
La chanson " That’s What You Get For Being Polite " fut ma réponse. J’expliquais
que je ne vivais pas dans une tour d’ivoire et que j’avais des doutes et des craintes
comme tous les jeunes de mon âge. Je me demandais si je n’allais pas passer à côté
de ce que le monde avait à offrir, même si j’essayais de grimper tout en haut de mon
arbre pour voir tout le spectacle.
Il y a une autre chanson de Gamble et Huff sur le premier disque Epic, qui s’appelle "
Dreamer " (Rêveur), et je suis sûr qu’ils pensaient à moi en écrivant cette chanson.
J’ai toujours été un rêveur. Je me fixe des buts. Je regarde les choses et j’essaie
d’imaginer tout ce qui est possible pour dépasser ces limites.
En 1979, j’avais vingt et un ans, c’est là que j’ai commencé à prendre le contrôle total
de ma carrière. Le contrat de mon père, qui jusqu’ici était mon manager personnel,
arrivait à expiration et , bien que la décision soit difficile à prendre, le contrat ne fut
pas renouvelé.
Ce n’est pas facile de virer son père.
Mais je n’aimais pas la façon dont les choses se passaient. Quand on mélange la
famille et le business, c’est toujours délicat. Ça peut être merveilleux ou
épouvantable : ça dépend des relations, et même quand tout va bien, ce n’est pas
évident.
Est-ce que mes rapports avec mon père ont changé après cela ? Je ne sais pas, en
ce qui le concerne lui, mais mes sentiments n’ont pas changé à son égard. Il fallait
que je fasse ce changement parce que je commençais à sentir que je travaillais pour
lui au lieu que ce soit lui qui travaille pour moi. Sur le plan artistique, nous avons des
goûts diamétralement opposés. Il me proposait des idées que je refusais parce
qu’elles ne me convenaient pas. Tout ce qui comptait pour moi, c’était de contrôler
ma propre vie, et j’ai réussi. Il fallait que je le fasse. Tout le monde en arrive là un
jour ou l’autre, et ça faisait un bout de temps que j’étais dans le business. J’avais pas
mal d’expérience pour un garçon de vingt et un ans : quinze ans de service comme
vétéran du show-biz.
Nous avions hâte de mettre au point le disque Destiny et le
présenter au public, mais je
commençais à être saturé par trop
de performances et de concerts.
Quand les concerts étaient
annulés, personne ne m’en
voulait, mais j’étais un peu gêné
de ne pas faire profiter mes frères
du fruit de leur travail, après tous
ces efforts de remise sur les rails.
Nous avons trouvé des
arrangements pour que ma voix
ne se fatigue pas trop.
Marlon prenait le relais dans certains passages qui demandaient des tenues trop
longues.

Notre titre principal dans le nouvel album, " Shake Your Body ", était un morceau très
réussi sur scène, car nous l’avions déjà beaucoup travaillé en studio. Nous voulions
donner à notre nouveau répertoire toutes ses chances sur scène. Le succès ne se fit
pas attendre cependant.
En y repensant, je réalise que j’ai été peut-être plus patient que mes frères ne
l’auraient voulu. Quand nous avons remixé "Destiny ", je me suis aperçu qu’on avait
laissé passer des trucs, dont je n’avais pas parlé avec eux parce que je n’étais pas
sûr que ça les intéresse autant que moi. Epic avait stipulé dans notre contrat qu’ils
accepteraient de produire n’importe quel album " solo " que je déciderais de faire. Ils
assuraient leurs arrières : si le groupe des Jackson n’arrivait pas à tenir la distance,
ils pouvaient toujours se rabattre sur moi et me fabriquer une image qui me resterait
collée jusqu'à la fin de mes jours. Je sais que ça peut paraître paranoïaque comme
façon de penser, mais mon expérience m’a toujours montré que les financiers, les
hommes d’affaires veulent toujours savoir ce qui se passe, où va leur argent et
comment le récupérer. Ça paraît logique de penser comme ça, quand on se met à
leur place. Oui, ces pensées m’ont traversé l’esprit, mais je sais que j’avais raison à
ce moment-là.
"Destiny" a été notre plus grand succès, en tant qu’album, car nous avions atteint le
point où les gens achetaient notre disque parce qu’ils savaient que nous étions bons,
et qu’on donnait le maximum de notre talent sur chaque chanson de chaque disque.
Je voulais que mon premier album solo soit le meilleur possible.
Je ne voulais pas que " Off The Wall " sonne comme un remake de " Destiny ". C’est
pour cela que je voulais engager un nouveau " producer ", complètement étranger au
projet et qui n’aurait pas d’à priori sur la façon dont cela devait sonner. Je voulais
aussi quelqu’un qui ait une bonne oreille pour m’aider à choisir le matériel parce que
je n’aurais pas assez de temps pour écrire les deux faces d’un album, avec des
chansons dont je serais fier d’un bout à l’autre. Je savais que le public attendait
davantage que deux bons titres sur un album, en particulier les discothèques, qui
faisaient des montages, et je voulais que les fans soient satisfaits.
Pour toutes ces raisons, Quincy s’est avéré le
meilleur " producer " dont j’aurais pu rêver. Les
amis de Quincy Jones le surnommaient " Q "
parce qu’il adore la cuisine au barbecue : "
BBQ ". Plus tard, après le réalisation de
l’album " Off The Wall ", il m’invita à un concert
de sa musique pour orchestre au Hollywood
Bowl, mais j’étais tellement timide que je suis
resté dans les coulisses pour regarder le
spectacle comme je le faisais quand j’étais
enfant. Il m’a dit qu’il souhaitait que je le
surprenne encore davantage avec ma
musique, et depuis, nous essayons tous les
deux de nous épater mutuellement.
Le jour où je lui ai téléphoné pour lui demander son avis sur un bon " producer ", il
commença à me parler des gens du business avec lesquels je pourrais travailler
sans risque de galères. Il connaissait tous les dossiers, savait qui était disponible, qui
serait trop dur, trop mou, pas assez exigeant. Il connaissait Los Angeles mieux que
le maire, et il était au courant de tout. C’était un arrangeur de jazz, un orchestrateur,
un compositeur de musique de films, et pour la pop musique c’était un guide
inespéré. J’étais comblé d’avoir pu trouver, d’abord un ami, mais aussi un arrangeur
de ce calibre. C’était un choix parfait. Il connaissait les meilleurs musiciens et c’était
un homme brillant qui avait une " oreille " fabuleuse.
L’album " Off The Wall " devait s’appeler au départ " Girlfriend ". C’était le titre d’une
chanson que Paul et Linda McCartney avaient écrite en pensant à moi, sans qu’on
se soit jamais rencontrés.
Paul McCartney raconte souvent que je l’ai appelé pour lui dire qu’on devrait écrire
des tubes ensemble. Mais ce n’est pas exactement comme ça que ça s’est passé.
J’ai rencontré Paul la première fois dans une party sur le Queen Mary, qui est à quai
à Long Beach. Sa fille, Heather, avait eu mon numéro de téléphone par je ne sais
plus qui et elle m’avait téléphoné pour m’inviter à cette grande fête. Elle aimait notre
musique et nous avons bavardé. Plus tard, après sa grande tournée " Wings Over
America ", Paul et sa famille sont arrivés à Los Angeles.
Ils m’ont invité à une party au Harold Lloyd Estate.
Paul et moi, nous nous sommes rencontrés pour la
première fois à cette fête. Nous nous sommes
serré la main au milieu d’une foule de gens, il m’a
dit : " Tu sais, j’ai écrit une chanson pour toi. "
J’étais très étonné et je l’ai remercié. Et il a
commencé à me chanter " Girlfriend ", au milieu
des invités.
Puis, nous avons échangé nos numéros de
téléphone en promettant de nous revoir bientôt,
mais nous sommes restés deux ans sans nous
revoir, parce que chacun de nous avait dix mille
choses à faire. Il a fini par mettre cette chanson
sur son album " London Town ".
Une chose très bizarre s’est alors produite pendant
que nous faisions " Off The Wall ". Quincy est
arrivé un jour en me disant : "Michael, j’ai une
chanson parfaite pour toi. "
Il m’a joué, "Girlfriend ", sans savoir que Paul l’avait écrite pour moi, au départ.
Quand je le lui ai dit, il était ravi, et surpris. Nous l’avons enregistrée tout de suite
après pour l’album. C’était une coïncidence incroyable.
Quincy et moi parlions de " Off The Wall ", en pensant au son que nous désirions.
Quand il m’a demandé ce que je souhaitais avoir par-dessus tout en studio pour cet
album, je lui ai dit que je voulais que ça sonne complètement différemment des
Jackson. Sentence terrible quand on pense à tout le travail qu’il avait fallu accomplir
pour DEVENIR les Jackson, mais Quincy a bien compris ce que je voulais dire, et
tous les deux nous avons créé un album qui illustrait notre désir, notre but. " Rock
With You ", la chanson titre de l’album, symbolisait exactement ce que j’avais
cherché. Je n’avais aucune difficulté à la chanter et à la danser, et c’était une
chanson parfaite. Rod Temperton, que Quincy avait rencontré à cause de son travail
avec le groupe Heatwave dans " Boogie Nights ", avait écrit la chanson dans un
esprit très " heavy ", mais Quincy avait adouci les arrangements et les attaques, en
trouvant un son de synthé qui ressemblait au bruit de la mer dans un gros coquillage.
Q et moi étions emballés par le travail de Rod, et finalement, on lui a demandé de
styliser trois de ses chansons pour moi, ce titre inclus. Rod était quelqu’un comme
moi, à bien des égards. Comme moi, il était plus à l’aise pour parler de la vie
nocturne des play-boys que pour la vivre réellement. Je suis toujours surpris de
constater que les gens prennent tout ce qu’on chante pour argent comptant, comme
si on vivait réellement les histoires qu’on interprète. Il arrive qu’on chante des choses
qui nous sont diamétralement opposées. Bien sûr, il m’arrive d’écrire des chansons
qui sont tirées de mon expérience, mais il suffit que j’entende ou que je lise quelque
chose qui m’accroche pour en faire une chanson. L’imagination d’un artiste est son
outil le plus précieux. Cela permet de créer des sensations, des sentiments, que les
gens aiment avoir, ou bien cela peut vous transporter n’importe où, simultanément.
En studio, Quincy donnait pas mal de liberté aux musiciens, et aux arrangeurs, pour
s’exprimer, en dehors des orchestrations de cordes qui étaient son fort. Je fis venir
Greg Phillinganes, membre de l’équipe Destiny pour faire les bases des chansons
que lui et moi avions travaillées ensemble à Encino pendant que les autres étaient
convoqués pour l’album. En plus de Greg, Paulinho da Costa fit des percussions et
Randy est venu en invité sur le titre " Don’t Stop Till You Get Enough ".

Quincy a cela d’étonnant qu’il travaille toujours avec des gens très indépendants
d’esprit. J’ai vu toutes sortes de professionnels dans ma vie, et je peux dire qui est
capable de créer, d’innover, et de croiser le fer, de façon constructive sans perdre de
vue le but final. Nous avions avec nous Louis—Thumber Thumbs—Johnson, qui
avait déjà travaillé avec Quincy sur les albums des frères Johnson. Et puis une
équipe de " grands " comme Wah Wah Watson, Marlo Henderson, David Williams et
Larry Carlton, des Crusaders, qui jouait de la guitare sur l’album. George Duke, Phil
Upchurch et Richard Heath, qui étaient la crème du jazz-funk et qui n’ont jamais
manifesté le moindre mépris sous prétexte que cette musique était différente de la
leur. Quincy et moi avions d’excellents rapports de travail, et nous partagions les
responsabilités, en nous consultant constamment.
À part pour les frères Johnson, Quincy n’avait jamais fait beaucoup de musique de
danse avant " Off The Wall ", aussi Greg et moi avons mis la sauce, en échafaudant
un véritable mur de sons dans le studio de Quincy, pour les titres " Don’t Stop Till
You Get Enough ", " Working Day and Night ", et " Get on The Floor ". J’aimais ce
dernier titre en particulier, parce que Louis Johnson m’avait donné une base
rythmique suffisamment souple dans les couplets, pour me permettre de donner un
maximum de pêche dans le refrain. Bruce Swedien, l’ingénieur de Quincy, a mis la
touche finale au mixage et j’ai encore du plaisir à l’écouter.
" Working Day and Night " a été le morceau de bravoure de Paulinho. Il a fait un
travail incroyable avec son arsenal de jouets et d’instruments faits main, et j’ai dû
m’accrocher pour le suivre dans les choeurs. Greg avait programmé un synthé pour
avoir le timbre parfait d’un piano acoustique, sans la moindre trace d’écho. Le thème
lyrique était semblable à " The Things I Do For You " de "Destiny ", mais comme il
s’agissait d’un thème que j’avais déjà traité, j’ai choisi de le dire simplement, sans
surcharger l’orchestration.
" Don’t Stop Till You Get Enough " a une intro parlée, au-dessus de la ligne de
basse, en partie pour faire monter la tension et surprendre les gens avec le
déferlement des cordes et des percussions. C’était une chanson inhabituelle à cause
de mes arrangements vocaux. Sur ce titre, je double ma voix à l’infini, comme si
c’était un groupe qui chantait à l’unisson. J’ai écrit une voix très haute, que moimême
je n’arrivais pas à chanter, pour aller avec la musique que j’entendais dans ma
tête, et les instruments ont remplacé le chant. La chute que Q a trouvée était
fabuleuse avec les guitares qui jouent comme le kalimba, le piano africain. Cette
chanson est très importante pour moi, parce que c’est la première que j’ai écrite
entièrement. " Don’t Stop Till You Get Enough " a été ma première chance, et elle est
devenue aussitôt numéro un. C’est cette chanson qui m’a valu ma première
récompense officielle. Quincy a réussi à me donner assez de confiance en moi pour
la faire en studio tout seul. Puis il a ajouté des cordes, comme le chef met la touche
finale.
Les ballades ont fait de " Off The Wall " un album de Michael Jackson. J’avais déjà
fait des ballades avec mes frères, mais ils n’étaient jamais aussi enthousiastes que
moi, et c’était plus pour me faire plaisir que par intérêt personnel qu’ils le faisaient.
Dans l’album " Off The Wall ", il y avait aussi, en plus de " Girlfriend ", une mélodie
mémorable et très agréable à chanter, mais plus bizarre qu’une chanson tendre
comme " Rock With You ".
Les deux plus grands succès de ce disque ont été " Off The Wall " et " Rock With
You ". Moi j’aime la gentillesse, la douceur, dans ces chansons, qui compensent le
beat " Up-tempo " de la danse. C’est comme si on essayait de détendre une jeune
fille timide en la protégeant plutôt qu’en la forçant. Avec " Off The Wall ", je suis
revenu à une voix de tête haut perchée, mais " Rock With You " demandait un son
plus naturel. Je me suis dit que dans une boum, c’est deux chansons obligeraient les
gens à rester plus longtemps, et les chansons boogies leur donneraient le moral
quand ils rentreraient chez eux. Et puis, il y avait aussi la chanson : " She’s Out Of
My Life ". Celle-ci était peut-être trop personnelle pour une boum.
C’était une chanson que me touchait personnellement. C’est parfois difficile pour moi
de regarder mes petites amies dans les yeux, même quand je les connais bien. Mes
histoires d’amour n’ont jamais eu le dénouement que je cherchais. Il y a toujours un
obstacle qui m’a empêché d’être heureux avec les filles que j’ai aimées. Ce que je
partage avec des millions de gens n’est peut-être pas ce que je peux partager avec
une seule fille. Beaucoup de filles veulent savoir qui je suis, pourquoi je vis, comme
je vis, comment pourquoi, pourquoi, je fais telle ou telle chose et elles essaient de
savoir ce qui se passe dans ma tête. Elles veulent me sauver de ma solitude, ce que
je ne souhaite à personne au monde, parce que je crois que je suis la personne la
plus seule sur la terre.
" She’s Out Of My Life " est une chanson qui décrit cet état : les barrières qui me
séparent des autres sont, apparemment, très faciles à franchir, et pourtant, elles sont
toujours là, tandis que ce que je désire disparaît de ma vie, de ma vue. Tom Balher a
écrit un " pont " sublime, qui semblait sortir tout droit d’une comédie musicale de
Broadway, pour cette chanson.
Ce genre de problème de communication ne se résout pas facilement, et c’est ce
que dit la chanson : rien n’est résolu. Nous ne pouvions pas la placer au début ou à
la fin du disque, parce que c’était trop triste. Mais en la plaçant juste avant celle de
Stevie, on a l’impression qu’une porte fermée à double tour va peut-être s’ouvrir, et
quand j’écoute la transition entre les deux, je soupire : Wouah !....Avec le titre disco
de Rod qui termine l’album, la transe est interrompue.
Mais je me suis trop impliqué dans cette chanson, " She’s Out Of My Life ". C’est
vrai, j’ai pleuré à la fin d’une prise, parce que les mots m’ont touché. Ça montait en
moi depuis un moment. J’étais un garçon de vingt et un ans, riche d’expériences,
mais pauvre en vrais moments de joie. Parfois je m’imagine que ma vie est comme le
reflet de ces labyrinthes de miroirs qu’on trouve dans les foires : je suis trop gros d’un
côté, et trop maigre de l’autre, au point de disparaître, à l’endroit où les deux images
se rejoignent.
Après ce moment d’émotion, j’ai enfoui mon visage dans mes mains et il n’y avait
plus que le ronronnement des machines, qui faisaient écho à mes sanglots. Je me
suis excusé auprès de Q et de Bruce Swedien qui étaient à côté de moi, mais ils
m’ont dit que ce n’était pas la peine.

La réalisation de l’album " Off The Wall " a été une des périodes les plus difficiles de
ma vie, en dépit du succès qui a suivi. J’avais très peu d’amis en ce moment-là et je
me sentais très isolé. Je me sentais tellement seul que je marchais dans le quartier
où j’habitais en espérant rencontrer quelqu’un avec qui parler et devenir ami. Je
voulais connaître des gens qui ne savaient pas qui j’étais. Je voulais devenir ami
avec quelqu’un qui soit comme moi, qui cherche lui aussi un ami, et non pas
quelqu’un qui veuille me parler parce que j’étais Michael Jackson. Je voulais
rencontrer quelqu’un, n’importe qui, un môme du coin, peu importe.
La réussite entraîne la solitude. Les gens croient qu’on a de la chance, qu’on peut
aller n’importe où et faire n’importe quoi, mais ce n’est pas ça. C’est la vrai chose qui
manque.
J’ai appris à surmonter cette angoisse, et je suis beaucoup moins déprimé que je l’ai
été.
J’avais très peu de petites amies quand j’étais à l’école. Il y en avait que je trouvais
mignonnes, mais j’avais beaucoup de mal à les aborder. J’étais trop timide. Je ne
sais pas pourquoi, c’était fou. Il y a une fille que j’aimais beaucoup et qui était mon
amie. Je l’aimais mais je n’ai jamais pu lui dire.
Ma première petite amie fut Tatum
O’Neal. On s’est rencontrés dans un
club à Sunset Strip appelé " On The
Rox ". On a échangé nos numéros de
téléphone et on s’est appelés souvent.
Je lui parlais pendant des heures ; je
lui téléphonais sur la route, du studio,
de chez moi. Le jour de notre premier
rendez-vous, dans une boum chez
Hugh Hefner, dans le manoir de
Playboy, on a passé un moment super
C’est ce soir-là qu’elle m’a pris la main. Nous étions assis à table et soudain, j’ai senti
une main, douce, qui prenait la mienne. C’était Tatum. Pour d’autres, ça pourrait
sembler peu de chose, mais pour moi, ça signifiait beaucoup. Elle m’avait touché.
C’est ce que je ressentais. Dans le passé, les filles essayaient toujours de me
toucher en tournée ; elles criaient en essayant de m’attraper, par-dessus un cordon
de gardes du corps. Mais là, c’était différent : nous étions en tête à tête, et c’était
super.
Ce tête-à-tête est devenu une histoire d’amour qui a duré longtemps. Nous étions
très amoureux l’un de l’autre. Finalement cette relation a fini par une amitié sincère.
Nous nous revoyons encore, et on peu dire qu’elle a été mon premier amour " après
Diana ".

Quand j’ai su que Diana Ross se mariait, j’étais content pour elle, parce que je savais
que cela la rendait heureuse. Mais j’avoue que j’ai eu beaucoup de mal à faire
comme si je trouvais ça épatant, qu’elle se marie avec un homme que je ne
connaissais pas. Je voulais qu’elle soit heureuse, mais je dois admettre que ça m’a
fait mal et que j’ai été jaloux parce que j’ai toujours aimé Diana et je l’aimerai
toujours.
Il y a eu aussi Brooke Shield. Notre amour a été très romantique, et cette histoire a
été sérieuse. Il y a eu des tas de filles merveilleuses dans ma vie, des femmes dont
le nom ne dirait rien aux lecteurs. Ce ne serait pas correct d’en parler, car elles n’ont
pas de vie publique connue, comme les célébrités, et n’ont pas l’habitude d’avoir leur
nom imprimé. Je tiens beaucoup à ma vie privée et, par conséquent, je respecte la
leur.
Liza Minelli est quelqu’un que j’ai toujours beaucoup aimé comme amie. C’est ma
soeur de show-business : Ça nous sort par les pores de la peau. Quand on boit,
quand on mange, quand on dort, c’est toujours par rapport au métier du chant et de
la danse. On passe des moments merveilleux ensemble. Je l’aime.
Juste après avoir terminé " Off The Wall ", j’ai plongé dans l’album " Triumph " avec
mes frères. Nous voulions combiner ce qu’il y avait de meilleur dans les deux albums
en vue d’une grande tournée.
" Can You Feel It ? " a été le premier enregistré sur l’album et c’est le morceau le
plus proche du rock que les Jackson ont jamais fait. Ce n’était pas vraiment de la
musique de danse non plus. On y pensait pour la vidéo qui devait introduire notre
tournée, et c’était une sorte de thème proche de " l’Odyssée 2001 ", notre propre "
Ainsi parlait Zarathoustra ".
Jackie et moi pensions combiner le son du groupe avec un choeur d’enfants
chantant du gospel. C’était un clin d’oeil à Gamble et Huff, dans un sens, car la
chanson était un hymne à l’amour, qui purifie les péchés du monde. Randy y chante
comme un fou, même s’il ne chante pas dans l’octave qu’il rêvait d’atteindre. Quand il
a chanté ça, avec sa façon de phraser et de respirer, j’étais en pleine vape, tellement
il était bon. J’ai travaillé pendant des heures un clavier qui donnait un son de corne
de brume incroyable, jusqu'à ce que j’aie le son que je cherchais. Ça durait six
minutes et il n’y avait pas une seconde de trop.
" Lovely One " était la suite de " Shake Your Body Down To The Ground ", avec un
son un peu plus léger, comme dans l’album " Off The Wall ". J’ai essayé de donner à
Jackie une voix plus éthérée, plus moderne, dans " Your Ways " avec des claviers
plus en arrière. Paulinho avait ajouté toute son artillerie de triangles et de gongs.
C’est une chanson qui parle d’une fille marrante, spéciale, qui est tellement " nature "
qu’il faut la prendre comme elle est, et le faire avec plaisir.
" Everybody " est plus enlevé que les autres airs de danse de " Off The Wall ", grâce
à Mike McKinney qui la fait tourner en cascade. Les choeurs rappellent l’influence de
" Get On The Floor ". Mais le son de Quincy est plus profond, comme si on se
trouvait dans l’oeil d’un cyclone. Ce son me fait penser à ce que l’on voit quand on
prend les ascenseurs extérieurs en verre des grands buildings et qu’on monte
irrésistiblement vers le haut, sans effort.
" Time Waits For No One " a été écrit par Jackie et Randy qui ont pensé à ma voix.
Ils savaient qu’ils étaient en compétition avec les compositeurs de " Off The Wall " et
ils ont fait un très bon travail.
" Give It Up " a donné l’occasion de chanter à tout le monde, et à Marlon en
particulier. " Walk Right Now " et " Wondering Who " étaient plus proches du son "
Destiny ", mais il y avait trop d’arrangements faits par trop de cuisiniers, et pas assez
de " jus ".
Une exception : " Heartbreak Hotel ". Cette phrase est sortie de ma tête sans
préméditation. La maison de disques a imprimé sur la couverture : " This Place Hotel
", à cause de l’allusion à Elvis Presley. Il a beau avoir été une figure de la musique
blanche aussi bien que de la musique noire, il ne m’a pas influencé. Quand notre
chanson est sortie, les gens ont cru que si je restais enfermé comme je le faisais, je
risquais de mourir comme lui. Pour moi, il n’y a aucune comparaison possible entre
nous, et je refuse d’entrer dans ce genre de polémique. Pourtant, je m’intéresse à la
façon dont Elvis s’est détruit, parce que je n’ai pas l’intention d’en faire autant.
La Toya a apporté sa contribution en lançant le cri qui ouvre la chanson. On ne peut
pas dire que ce soit un signe transcendant pour un début de carrière, je le reconnais,
mais c’était son baptême de studio. Depuis, elle a fait de très bons disques et elle se
débrouille très bien. Ce cri était là pour indiquer qu’on se réveillait d’un cauchemar,
mais notre intention était d’annoncer le début du rêve, pour que l’auditeur se
demande s’il s’agissait d’un rêve ou de la réalité. C’est l’effet qu’on a réussi à obtenir.
Les trois choristes se sont bien amusées quand je leur ai demandé de faire des
effets d’épouvante avant d’écouter le mixage.
" Heartbreak Hotel " était la chanson la plus ambitieuse que j’ai composée. J’avais
travaillé sur de nombreux niveaux. On pouvait la danser, chanter, avoir peur, et
l’écouter tout simplement. J’ai ajouté un final au violoncelle pour finir sur une note
positive et rassurer les auditeurs.. A quoi ça servirait de faire peur aux gens si on ne
prenait pas la peine de les ramener sains et saufs là où vous les avez embarqués. Il
y avait l’idée de la vengeance dans " Heartbreak Hotel " et ce concept me fascine.
C’est quelque chose que je n’arrive pas à comprendre. L’idée de faire " payer "
quelqu’un pour quelque chose qu’il vous a fait ou qu’il a cru vous avoir fait, m’est
complètement étrangère. Le décor m’a fait visualiser mes propres peurs et m’a
aidé à les calmer. Il y a tellement de requins dans ce métier qui sont attirés par
l’odeur du sang dans l’eau.

Si cette chanson et plus tard " Billie Jean " semblent placer les femmes dans une
situation défavorable, il ne s’agit pas d’une opinion personnelle. Je n’ai pas besoin de
le dire, j’aime l’amour physique. Cela fait partie de la vie et j’aime les femmes. Je
pense seulement que lorsque le sexe est utilisé comme une force de chantage, ou
de manipulation, c’est un usage répugnant du cadeau que Dieu nous a fait.
" Triumph " nous a donné le dernier sursaut d’énergie, nous avons eu envie de
mettre en place un show parfait. Nous avons commencé à répéter avec notre
orchestre de tournée, qui comprenait Mike McKinney, David Williams venait aussi
avec nous et il était devenu un membre permanent du groupe désormais.
La tournée suivante devait être spectaculaire. Le grand magicien des effets
spéciaux, Doug Henning, me faisait disparaître dans un nuage de fumée juste après
la chanson " Don’t stop ". C’est lui qui était le maître d’oeuvre et qui contrôlait toute la
régie. J’aimais beaucoup bavarder avec lui quand on répétait le spectacle. Il me
donnait tous ses tuyaux, tous ses secrets, et hormis de l’argent, je ne pouvais pas lui
offrir grand-chose en retour. Je suis gêné en y pensant car c’est injuste, mais je
voulais que notre spectacle soit sublime et je savais que Henning lui donnerait une
dimension exceptionnelle. Nous étions en compétition féroce avec des groupes
comme Earth, Wind and Fire, et les Commodores, et certains pensaient que les
frères Jackson tournaient depuis dix ans et qu’ils étaient terminés.
J’avais travaillé dur sur le concept de notre prochain spectacle. Je pensais au film "
Rencontres du troisième type " et j’essayais de faire passer l’idée que la vie existe
au-delà de l’espace et du temps. Le paon était symbole de cet épanouissement et il
devait représenter l’idée d’éclat, de lumière, de triomphe.
J’étais fier du rythme, des innovations techniques et du succès de l’album " Off The
Wall ", mais je dus bientôt en rabattre quand les nominations pour les Grammy furent
données en 1979. Bien que " Off The Wall " ait été un des disques les plus
populaires de l’année, il ne reçut qu’une récompense : celle de meilleure
interprétation vocale en rythm and blues. Je me rappelle encore le moment où j’ai
appris la nouvelle. Je me suis senti complètement ignoré par les gens du métier. Plus
tard, j’ai appris que les gens de l’industrie du disque avaient ressenti la même chose.
J’étais déçu, mais j’ai immédiatement pensé au disque prochain. Je me suis dit : "
Vous allez voir ce que vous allez voir. " Ils ne pourront pas ignorer mon disque. J’ai
regardé la cérémonie à la télé et c’était bien de gagner dans ma catégorie, mais
j’étais vraiment furieux d’avoir été rejeté par mes collègues. Je n’arrêtais pas de me
dire : " la prochaine fois, la prochaine fois..." L’artiste est à bien des égards, ce qu’il
fait. C’est difficile de séparer les deux. Je pense que je suis capable d’être tout à fait
objectif sur mon travail quand je suis en train de créer, et si quelque chose ne
marche pas, je le sens, mais quand je termine un album, ou une chanson, c’est que
je me suis défoncé au maximum pour lui donner toute l’énergie et le talent que Dieu
m’a donnés. " Off The Wall " a été bien reçu par mes fans et je crois que c’est pour
cela que les remises de Grammy m’ont fait du mal. Cette expérience m’avait blessé
dans l’âme. Je n’arrivais pas à penser à autre chose qu’au prochain disque et
comment je le ferai. Je voulais qu’il soit génial.
11 août 2009
Moonwalk: L'autobiographie de Michael Jackson.
Voici pour vous le troisième chapitre de l'autobiographie "Moonwalk" de Michael Jackson. Bonne lecture à tous.
Bête de scène (Chapitre 3, en entier)
La presse écrit les choses les plus bizarres sur mon compte, continuellement. Je ne
supporte pas que l’on déforme la réalité et je ne lis jamais ce que l’on écrit sur moi,
même si on m’en parle souvent.
Je ne comprends pas pourquoi les journalistes éprouvent le besoin d’inventer des
choses sur moi. Je suppose que s’ils ne trouvent rien de scandaleux à raconter, il
leur faut susciter l’intérêt d’une manière ou d’une autre, tout bien considéré. Je suis
fier pourtant d’avoir pu en sortir pas trop mal. Bon nombre d’enfants dans le show-
business ont fini dans la drogue : Frankie Lymon, Bobbie Dirscoll, etc. Je peux
comprendre cette attitude car c’est très dur de supporter un tel stress quand on est
très jeune. C’est une vie difficile. Très peu de gens réussissent à avoir une enfance
normale.
Moi, je n’ai jamais essayé la drogue, sous aucune forme, marijuana, cocaïne, rien. Je
le dis tout net, je n’ai jamais ESSAYÉ ! Ça ne m’intéresse pas du tout.
Ce n’est pas que je n’aie pas été tenté. Quand on est musicien, la drogue est à notre
portée, il n’y a qu’à tendre la main. Je ne veux pas avoir l’air de porter des jugements
sur les autres, ce n’est pas un problème de moralité pour moi, mais j’ai vu tellement
de gens détruits par la drogue que je refuse d’y toucher. Bien sûr, je ne suis pas un
ange, et j’ai mes défauts et mes points faibles, mais la drogue n’en fait pas partie.
Quand " Ben " est sorti, nous savions mes frères et moi que nous allions voyager
dans le monde entier. La musique soul américaine était devenue aussi populaire
dans les autres pays que les jeans et les hamburgers. Nous étions invités à visiter
d’autres continents, et en 1972, nous avons commencé nos grandes tournées
internationales par l’Angleterre. Bien que nous n’y soyons jamais allés, les gens
connaissaient tous les textes de nos chansons. Pourtant nous n’y avions jamais fait
de télé. Ils avaient de grandes écharpes avec nos photos et nos noms " Jackson 5 "
imprimés en lettres géantes. Les salles de concerts étaient plus petites qu’aux États-
Unis, mais l’enthousiasme du public explosait à la fin de chaque chanson. C’était
vraiment très agréable. Ils ne criaient pas pendant que nous chantions comme ils
font aux USA, et ils pouvaient de rendre compte à quel point Tito était un grand
guitariste, car ils l’écoutaient.
Nous avions emmené Randy avec nous parce que nous voulions lui donner un peu
d’expérience. Il ne faisait pas officiellement partie du contrat, mais il restait à l’arrière
du groupe, et il jouait des bongos sur scène. Il avait le même costume que nous et
quand nous le présentions au public, il était acclamé. La tournée suivante, Randy
faisait partie du groupe. Moi-même, j’avais joué les bongos avant Randy, et Marlon
les avait joués avant moi. C’était une tradition de faire démarrer le plus jeune sur ces
petites percussions marrantes.
Nous avions trois années de succès derrière nous quand nous avons fait notre
première tournée en Europe, et c’était suffisant pour contenter, à la fois les jeunes
qui aimaient notre musique, et la reine d’Angleterre que nous avons rencontrée lors
d’un gala spécialement organisé pour la circonstance. C’était vraiment très excitant
pour nous. J’avais vu, sur des photos, d’autres groupes, comme les Beatles,
rencontrer la reine, mais je n’aurais jamais rêvé avoir la chance de jouer pour elle.
L’Angleterre fut notre point de départ dans cette découverte des autres pays, et plus
nous avons voyagé, plus nous avons trouvé d’exotisme et de différences avec notre
pays. Nous avons visité les grands musées à Paris et les montagnes splendides de
la Suisse nous ont émerveillés. L’Europe nous a enseigné les racines de la culture
occidentale, et cela nous a préparé, dans une certaine mesure à la visite des pays
de l’Orient qui s’intéressent d’avantage à la spiritualité. J’ai été très impressionné
dans ces pays, de voir que les gens attachaient plus d’importance aux animaux et à
la nature, qu’aux valeurs matérielles. Par exemple, le Japon et la Chine m’ont
apporté beaucoup parce que j’y ai compris que la vie, c’est autre chose que ce que
l’on peut voir et toucher. Dans tous ces pays, les gens avaient entendu parler de
nous et ils aimaient notre musique.
L’Australie et la Nouvelle-Zélande, nos arrêts suivants, étaient anglophones, mais
nous avons rencontré des tribus, dans les terres, qui vivaient encore de façon
primitive. Ils nous ont accueillis comme des frères, bien que nous ne parlions pas
leur langue. S’il me fallait des preuves que les hommes sont frères, je l’ai eues au
cours de cette tournée.
Puis ce fut l’Afrique. Nous avions lu des choses sur l’Afrique parce que notre
professeur, Mlle Fine, nous préparait des leçons sur chaque pays que nous devions
visiter, portant sur la géographie, l’histoire, et les coutumes de ces pays. Nous
n’avons pas pu voir les plus belles régions de l’Afrique, mais l’océan, la plage, et les
gens étaient d’une beauté incroyable, là où nous nous trouvions. Un jour nous avons
visité une réserve d’animaux avec des fauves en liberté. Nous étions émerveillés. La
musique était extraordinaire, et les rythmes, à couper le souffle. Quand nous
sommes descendus d’avion le premier jour, nous avons été accueillis par une longue
file d’Africains en costumes chatoyants, avec leurs tambours et leurs percussions. Ils
dansaient tout autour de nous et c’est un spectacle que je n’oublierai jamais. Quelle
merveilleuse façon de nous accueillir en Afrique !
Et les artisans sur les places de marchés étaient incroyables ; ils fabriquaient des
objets sous nos yeux et les vendaient en même temps. Je me souviens d’un homme
qui sculptait dans le bois. Il demandait ce qu’on voulait et quand on lui demandait : "
un visage d’homme ", il détachait un morceau de bois, sur un tronc d’arbre et en
quelques coups de machette et de burin, il vous faisait ce que vous lui aviez
demandé. Je me suis assis pour l’observer et je l’ai vu faire ça des dizaines de fois. Il
était capable de reproduire tout ce qu’on lui demandait.
C’est en visitant le Sénégal que nous avons compris que notre héritage africain nous
avait permis de faire de nous ce que nous étions. Nous avons visité un ancien camp
d’esclaves abandonné à Gore Island et nous avons été très ébranlés par cette visite.
Le peuple africain nous a donné l’exemple du courage et de l’endurance et nous ne
saurons jamais assez leur revaloir cette grâce.
Je suis sûr que si Motown avait pu agir sur notre âge à leur gré, ils auraient aimé que
Jackie ne vieillisse pas et que chacun de nous le rattrape, à part moi, car je pense
qu’ils auraient bien aimé me voir rester un enfant-star. Ça peut paraître insensé, mais
quand je pense à la façon dont ils nous manipulaient, en nous empêchant de devenir
un groupe autonome, avec notre propre ligne de conduite, et nos idées, je ne suis
pas loin de la marque. Nous grandissions en taille, en âge et en créativité. Nous
avions beaucoup d’idées que nous désirions expérimenter, mais ils nous freinaient
car ils prétendaient qu’on ne peut pas bousculer une formule de succès qui a fait ses
preuves, sans risquer de tout compromettre. Du moins, ils ne nous ont pas laissé
tomber comme on nous l’avait prédit quand ma voix a changé.
C’était arrivé à un point où il y avait plus de types avec nous dans la cabine que dans
le studio. Ils butaient les uns sur les autres pour nous donner des conseils et diriger
notre musique.
Nos fans inconditionnels ont aimé nos disques comme " I Am Love" et " Skywriter ".
Ces chansons étaient des titres ambitieux de pop music, avec des arrangements de
cordes, très élaborés, mais ce n’était pas pour nous. C’est certain, nous ne pouvions
pas faire des " ABC " toute notre vie, c’est la dernière chose que nous souhaitions,
mais nos plus anciens fans trouvaient qu’" ABC " nous ressemblait davantage, que
c’était plus fort et il nous a bien fallu reconnaître que c’était vrai. Vers le milieu des
années 70, on était sur le point de devenir démodés, et je n’avais même pas encore
dix-huit ans !
Quand Jermaine a épousé Hazel Gordy, la fille de notre patron, les gens nous ont
taquinés, comme si ça allait nous rendre les choses encore plus faciles. Bien sûr,
quand le disque " Get It Together " est sorti en 1973, il a reçu le même accueil que " I
Want You Back ". C’était notre plus grand succès depuis deux ans, même si ce
n’était pas une révélation comme l’avait été notre premier hit. Et pourtant, " Get It
Together " avait des harmonies discrètes, une guitare wah-wah plus aiguë, et des
cordes qui crépitaient. Les stations de radio l’ont aimé, mais pas autant que les clubs
où on passait du disco. Motown a fait pas mal de chemin depuis l’époque où les
musiciens de studio arrondissaient leur fin de mois en jouant dans les clubs et les
bowlings du coin. La musique de " Dancing Machine " s’était transformée à l’aide de
nouvelles machines. Dans ce titre la section de cuivres est la meilleure qu’on ait
jamais eue, et il y avait des effets aquatiques, dans le pont, programmés par un
synthétiseur qui empêchait la chanson d’avoir l’air démodé. La musique disco était
très critiquée, mais pour nous, ce fut le rite de passage au monde adulte.
J’ai adoré " Dancing Machine ", le groove et l’émotion de cette chanson. Quand elle
est sortie en 1974, j’étais décidé à trouver les mouvements de danse qui la
mettraient en valeur, la rendraient plus excitante à interpréter, et à regarder.
Aussi, quand on a chanté " Dancing Machine " à l’émission " Soul Train ", j’ai dansé
un mouvement de chorégraphie de rue qui s’appelait le " Robot ". C’est là que j’ai
compris l’impact de la télévision. Du jour au lendemain, " Dancing Machine " est
devenu premier au palmarès, et quelques jours plus tard, tous les mômes des USA
dansaient le " Robot ". Je n’avais jamais vu une chose pareille.
Motown et les Jackson 5 se sont mis d’accord sur la venue de deux nouveaux
éléments : Randy, qui avait fait la tournée avec nous, et Janet qui avait beaucoup de
talent pour la danse et le chant. Mais ce n’est pas parce qu’ils étaient du même sang
que nous, qu’ils ont trouvé leur place automatiquement dans notre groupe, comme si
on la leur avait mis au chaud. Ils ont travaillé très dur, en plus du talent considérable
qu’ils ont tous les deux. Ils ne sont pas là parce qu’ils ont partagé les mêmes repas,
les mêmes jouets et les mêmes vêtements que nous !...
Si on se fiait à l’hérédité, on pourrait dire que, en principe, j’aurais dû avoir autant de
talent pour être conducteur de grue, que pour être chanteur. On ne peut pas évaluer
les choses ainsi. Papa nous a fait travailler très dur et il a échafaudé ses rêves,
chaque nuit, en ne perdant pas de vue le but.
Tout comme le disco semblait une musique réservée aux adultes, et non pas faite
pour être chantée par un groupe de gamins, Las Vegas ne semblait pas l’endroit
idéal pour nous y faire chanter. C’est du moins ce que pensaient les gens de Motown
qui étaient très réticents à l’idée de nous voir dans les salles publiques, où, à part le
jeu, il n’y avait pas grand-chose à faire. Mais nous étions persuadés que les théâtres
de cette ville n’étaient rien d’autre que de grands clubs du même genre que ceux où
nous avions joué à Gary et à Chicago, sauf que la clientèle était surtout composée
de touristes. Les touristes étaient une très bonne clientèle pour nous, parce qu’ils
connaissaient tous nos tubes, qu’ils écoutaient avec attention nos plaisanteries, et
nos nouvelles chansons, sans s’ennuyer. Ils étaient aux anges quand Janet entrait
en scène en costume de Mae West pour un ou deux titres.
On avait déjà fait des numéros de ce genre dans une émission de télé, en 1971, qui
s’appelait " Retour en Indiana " et qui célébrait notre retour à Gary pour la première
fois depuis nos débuts. A cette époque-là nous étions connus dans le monde entier
déjà et nous avions décidé d’y retourner pour une visite " médiatisée ".
Quand on pouvait jouer et chanter à neuf sur une scène au lieu de cinq, sans
compter les invités surprise, c’était vraiment bien. Papa triomphait d’orgueil en nous
voyant tous alignés sur le même plateau. Ces spectacles de Las Vegas ont été une
expérience inoubliable. Nous n’avions pas la pression des foules de concerts, qui ne
veulent entendre que les hits et rien d’autre. Nous ne nous préoccupions pas de ce
que faisaient les uns et les autres. Il y avait même une ou deux ballades dans le tour
de chant qui me permettaient de placer ma nouvelle voix. A quinze ans, je devais
déjà penser à tout ça.
Il y avait des gens de la télévision CBS pendant nos spectacles de Las Vegas et ils
sont venus nous trouver pour nous proposer de faire des spectacles pour l’été
suivant. C’était très agréable pour nous d’être considérés comme des gens de
spectacle plus que comme un simple groupe de Motown. C’était tout à notre
avantage pour la suite des événements. Comme nous avions pris le contrôle de
notre spectacle à Las Vegas, c’était devenu de plus en plus difficile de retomber
dans le manque de liberté que nous avions à Los Angeles. Bien sûr, notre gagne-
pain était là, et nous ne pouvions pas trop tirer sur la ficelle. Parfois j’avais
l’impression d’être encore à l’époque où j’étais un petit garçon qui vivait chez Berry
Gordy, et depuis que Jermaine était son gendre, notre frustration augmentait d’autant
plus.
Il y avait déjà des signes de changement dans les institutions de Motown. Marvin
Gaye réalisa sa propre musique et produisit son album " What’s Goin’on ", qui est un
chef-d’oeuvre. Stevie Wonder découvrait les claviers électroniques et il devenait
tellement génial en prise de son que les ingénieurs les plus expérimentés venaient
lui demander conseil. Un de nos derniers souvenirs de la période Motown fut quand
nous avons chanté les choeurs d’un titre très engagé de Stevie " You Haven’t Done
Nothin’ ". Bien que Stevie et Marvin appartiennent encore à Motown, ils avaient
combattu et obtenu le droit de faire leurs propres disques, et même d’éditer leurs
chansons. Motown ne leva même pas le petit doigt dans ce sens pour nous. Pour
eux, nous étions encore des mômes, même s’ils ne nous habillaient plus et ne nous "
protégeaient " plus comme avant.
Nos problèmes avec Motown ont commencé en 1974 lorsqu’on leur a dit qu’on
voulait écrire et réaliser nos propres chansons. Au fond, nous n’aimions pas la façon
dont notre musique sonnait à cette époque-là. Nous étions extrêmement compétitif et
nous sentions le danger, car d’autres groupes qui créaient des sons plus neufs,
risquaient de nous dépasser.
Les gens de Motown nous ont déclaré : " Pas question que vous écriviez vos
chansons ; vous avez des professionnels pour ça. " Non seulement ils refusèrent,
mais c’était devenu un sujet tabou. J’étais découragé et je n’aimais plus du tout le
matériel que l’on nous proposait. Finalement, j’en ai eu tellement marre que j’ai
décidé de les laisser tomber.
Quand je sens que quelque chose ne va pas, je le dis. Je sais que la plupart des
gens ignorent à quel point je peux être obstiné et dur. C’est parce qu’ils ne me
connaissent pas. Nous étions tous malheureux, mes frères et moi, mais personne ne
disait rien. Ni mes frères, ni mon père. Alors, j’ai demandé un rendez-vous avec
Berry Gordy pour lui parler. C’est moi qui lui ai dit que nous tous, les Jackson 5,
allions quitter Motown. Je suis allé le trouver et face à face, je lui ai dit la vérité et ça
été une des choses les plus pénibles que j’ai jamais faites. Si j’avais été seul à
souffrir de la situation, je me serais tu, mais nous étions TOUS malheureux et
insatisfaits et je lui ai dit. Je lui ai dit que j’étais malheureux...
Il faut vous rappeler que j’aime Berry Gordy. Je pense que c’est un génie, un des
géants dans ce domaine. Je n’ai que du respect pour cet homme brillant, mais ce
jour-là, j’étais comme un lion. Je me suis plaint de ce que nous ne pouvions, ni
écrire, ni réaliser nos chansons comme nous le souhaitions. Il m’a répondu qu’il était
persuadé que nous avions encore besoin de professionnels pour nous aider à faire
des hits.
Mais c’est moi qui avais raison. Berry était en colère. Ce fut une rencontre très
pénible, mais nous sommes redevenus amis aujourd’hui, et il est encore comme un
père pour moi, fier de moi et de mes succès. En tout cas, j’aimerai toujours Berry
parce qu’il m’a appris les choses les plus précieuses que j’aie eu l’occasion
d’apprendre dans mon métier. C’est lui qui a dit que les Jackson 5 marqueraient
l’histoire et c’est exactement ce qui s’est passé. Motown a fait connaître tellement de
gens de talent que je serai éternellement reconnaissant à Berry d’avoir présenté
notre groupe au public. Ma vie n’aurait pas été la même sans lui. C’est Motown qui
nous a aidés à percer, et c’est chez eux que nous avons nos racines. Nous aurions
aimé y rester, mais le changement est une chose inévitable. Je suis une personne du
présent, et je me demande constamment : " Qu’est-ce qui se passe en ce moment ?
Qu’est-ce qui peut se passer demain, qui va changer ce qui s’est passé hier ? ".
C’est très important pour un artiste de maintenir le contrôle de sa vie et de son
travail. Il y a eu, et il y a sûrement encore, des artistes qui se font exploiter parce
qu’ils ont les mains liées. J’ai appris à me battre pour que les autres ne m’empêchent
pas de faire ou de croire ce que je pense être juste, sans me soucier des
conséquences. On aurait pu rester à Motown, mais si on l’avait fait, on aurait disparu
dans le musée des " rossignols " et des " has been ".
Ma décision de changement était prise, et nous avons suivi nos instincts. C’était déjà
gagné quand on a pris un nouveau départ avec un label, Epic.
Nous étions soulagés d’avoir enfin coupé les liens qui nous retenaient prisonniers,
mais ce fut un drame quand Jermaine décida de rester chez Motown. Il était le
gendre de Berry, et sa situation était beaucoup plus compliquée que la nôtre. Il
pensait que c’était plus important pour lui de rester et Jermaine a toujours fait ce que
sa conscience lui dictait, et il a quitté le groupe.
Je me rappelle clairement le premier spectacle que nous avons fait sans lui parce J’avais adoré le dessin animé télévisé qui avait été fait des Jackson 5, et je m ‘étais Ils se sont plantés complètement. Nous étions habillés avec des costumes ridicules phénomène psychologique. Vous débarquez chaque semaine dans la vie des gens C’est comme ça qu’on perd son identité dans ce métier : l’image du rocker a disparu. Après notre show télévisé, je me souviens d’avoir joué dans des salles à moitié Le problème avec la télé, c’est qu’il faut tout faire en un minimum de temps. On n’a J’ai très peu fait de télé après ça. Je me souviens seulement d’une émission spéciale spectacle, j’ai commencé la mise en place. Je n’oublierai jamais ce soir-là, parce Notre seul moment de succès tout de suite après Motown pour Epic, fut cette soirée Celui qui avait le plus à gagner dans ce changement de maison de disques, c’était Papa avait rencontré les types de Philly pendant les négociations avec Epic. Nous ce qu’ils avaient déjà fait pour eux, comme " Ain’t No Stoppin’ Us Now " en 1979. Kenny Gamble et Leon Huff sont des vrais pros et j’ai beaucoup appris sur la façon Nous avions déjà préparé des maquettes de nos chansons à la maison durant les Nos deux chansons, " Blues Away " et " Style of Life " étaient des secrets bien trop " Blues Away " est une de mes toutes premières chansons, et même si je ne la Quand nous avons vu la pochette de l’album des " Jacksons ", le premier de chez Ces deux quarante-cinq tours étaient très sympas. " Enjoy Yourself " était super à Nous avons essayé de parler de nos relations fraternelles dans une de nos chansons Gamble et Huff avaient écrit assez de chansons pour faire un autre album, mais nous Après tout, ce n’était pas mauvais qu’il n’y ait aucun titre pop sur " Going Places ", Une fois que " Going Places " fut mis en place pour la vente, papa me demanda de Mr Alexenburg avait l’habitude de traiter avec des artistes, ce qui ne l’empêchait pas Après avoir quitté le gratte-ciel surnommé Black Rock, nous n’avons pas beaucoup Quand cette entrevue au QG de CBS a eu lieu à New-York, je n’avais que dix-neuf Et puis j’ai eu cette occasion de faire quelque chose que Motown avait acheté les droits pour filmer le spectacle Le J’avais vu le spectacle du Magicien d’Oz à Broadway également. Je jure que j’ai vu Si on m’avait demandé de monter sur scène, cela aurait pu se faire à cause de Diana était très proche de Berry Gordy et elle était fidèle à Berry, comme à Motown, En réalité, elle n’eut pas besoin de le faire car Berry Gordy déclara qu’il serait ravi de J’ai auditionné pour le rôle de l’Épouvantail parce que je trouvais qu’il correspondait Le tournage du " Wiz " m’a appris beaucoup de choses à bien des niveaux. J’ai Au cours de cette période de ma vie, je cherchais, à la fois consciemment et Quand auparavant je m’étais imaginé jouer dans et je m’en suis resservi plus tard pour une séance photo. Dans ce film, il y avait des pas de danse très compliqués, et je n’avais aucun Depuis que je suis tout petit, j’ai ce don de pouvoir imiter n’importe quel danseur, rien Pendant les répétitions du " Wiz ", le chorégraphe nous montrait les différents Elle me déclara alors que, même si je n’en étais pas conscient, j’apprenais les pas J’ai découvert les aspects un peu pervers des acteurs qui cherchent à vous Par la suite, Marlon Brando m’a raconté que les gens lui faisaient ça tout le temps. Je me suis bien amusé pendant cette période, mais en même temps j’ai eu des tas frère. Là, Jermaine m’emmena à l’hôpital. C’était fou ! Un vaisseau avait éclaté dans J’avais beaucoup aimé l’ancienne version du " Magicien d’Oz " (The Wizard of Oz), J’ai toujours autant de plaisir à revoir " The Wiz " et à me rappeler cette expérience. Mon personnage avait beaucoup de choses à dire et à apprendre. J’étais planté là La grande différence entre les deux histoires c’est que dans la version originale, c’est Quand le bien triomphe du mal et que je danse avec Diana avec cette joie qu’on Pendant que je me posais cette question, j’ignorais qu’un homme voyageait sur un Ce jour-là, nous étions en train de faire la scène des corbeaux. Les autres acteurs Je devais, d’après le script, tirer un petit papier de ma paille d’épouvantail et le lire. Je lui souris, vaguement embarrassé d’avoir mal prononcé ce nom, et le remerciai de " Quincy Jones, c’est moi qui écris la musique. "
que c’était très pénible pour moi. Depuis que j ‘étais sur une scène, et même quand
on répétait chez nous à Gary dans la salle de séjour, Jermaine se tenait à ma
gauche avec sa basse. Pour moi, tout reposait sur la présence de Jermaine à côté
de moi. Et quand j’ai fait ce spectacle pour la première fois, sans lui, c’est comme si
j’avais été tout nu sur la scène. Il a donc fallu mettre le paquet encore davantage
pour compenser la perte d’une de nos plus brillantes étoiles, Jermaine. Je me
souviens très bien de ce show parce qu’on a reçu trois " ovations-debout ". On a
travaillé DUR.
Quand Jermaine a quitté le groupe, Marlon a pris sa place et il a vraiment éclaté sur
scène. Mon frère Randy a pris officiellement ma place, comme joueur de bangos et
benjamin du groupe. Vers cette époque, on s’est fourrés dans un pétrin inextricable
en acceptant de faire une série d’émissions télévisées pour l’été. Ce fut une erreur
stupide et je regrette chaque minute que j’y ai passée.
dit " Je suis un personnage de dessin animé ". Mais cette série télévisée, je le
sentais, allait faire plus de tort que de bien à notre carrière. C’est la pire chose qui
puisse arriver à un artiste de variétés. Je n’arrêtais pas de dire. " Ça va faire
dégringoler nos ventes de disques " et les autres disaient : " Mais non, au contraire,
c’est de la promo... "
et nous devions jouer des stupidités, avec des rires en boîte. Tout était bidon. Nous
n’avions pas le temps de répéter, d’apprendre nos textes et la télé était une
nouveauté pour nous. Il fallait créer trois numéros de danse en une seule journée.
L’audimat contrôlait notre cote de popularité d’une semaine à l’autre. Je ne referai
jamais une chose pareille. Ça ne mène nulle part. Il s’agit principalement d’un
et ils commencent à croire qu’ils vous connaissent trop bien. A force de faire les
guignols avec des rires préenregistrés pour faire croire qu’il s’agit d’une comédie,
votre musique en prend un coup, la crédibilité aussi.. Et quand il faut reprendre sa
carrière après une telle surexposition, c’est vraiment difficile d’être pris au sérieux. Le
public croit que vous êtes un rigolo, comme dans tous ces sketches minables où une
semaine on vous déguise en Père Noël, la semaine suivante, vous êtes le Prince
Charmant, et la semaine d’après, on vous déguise en gros lapin blanc.
Je ne suis pas un comique. Je ne suis pas un présentateur de spectacles. Je suis un
musicien. C’est pour ça que j’ai toujours refusé de participer aux remises d’Oscar et
autres récompenses en tant qu’animateur. Cela vaut-il vraiment la peine pour moi
d’aller là et de balancer deux ou trois vannes, pour obliger les gens à rire sous
prétexte que je suis Michael Jackson, quand je sais pertinemment que je ne suis pas
drôle ?
vides. Cette expérience m’a servi de leçon et j’ai formellement refusé de résigner un
contrat avec cette chaîne de télévision par la suite. J’ai expliqué à mon père et à mes
frères que nous avions fait une grosse erreur, et ils ont compris mon point de vue. En
réalité j’avais eu de mauvais pressentiments avant de faire ce spectacle, mais j’avais
fini par tenter le coup parce que tout le monde était persuadé que ça serait une
bonne expérience pour nous.
pas le temps de fignoler. Ce sont les horaires qui commandent. Tant pis si on n’est
pas content du résultat, il faut passer à autre chose et oublier ce qui est raté. Moi je
suis d’un tempérament perfectionniste. J’aime faire les choses le mieux possible. Je
veux que les gens entendent et regardent ce que j’ai fait, sachant que j’y ai mis le
meilleur de moi-même. Je pense que je dois cette politesse à mon public. Pendant le
tournage, je me souviens que l’éclairage était minable, les décors bâclés, et notre
chorégraphie était improvisée à la dernière minute. Et pourtant cette émission eut un
gros succès. Il y avait un autre programme très populaire sur une chaîne rivale qui
passait à la même heure que nous, et nous avons remporté le meilleur taux d’écoute.
CBS voulait vraiment nous garder, mais j’avais la certitude que ce show était une
erreur. En effet, nos ventes de disques ont diminué à la suite de cela et il a fallu du
temps pour réparer les dégâts. Quand on sait qu’on est en train de se tromper, c’est
difficile de prendre la décision d’arrêter et de faire confiance au " bon instinct ".
sur "Motown 25". Berry m’avait demandé à plusieurs reprises d’y participer et je
m’entêtais à refuser, mais il a fini par me convaincre et j’ai accepté. Je lui dit que je
voulais chanter "Billie Jean", même si c’était le seul titre du show qui n’avait pas été
enregistré chez Motown. Il accepta volontiers. "Billie Jean" était numéro UN à
l’époque. Mes frères et moi, nous avons répété comme des fous pour ce show. J’ai
trouvé la chorégraphie des différents pas de danse, et je me suis complètement
plongé dans la préparation de ce numéro. Mais je savais exactement ce que je
voulais faire avec " Billie Jean ". Tout en faisant autre chose, je sentais que la
chorégraphie se construisait dans ma tête, inconsciemment. J’ai demandé qu’on aille
m’acheter ou me louer un chapeau noir à la James Bond et le jour même du
que, quand j’ai ouvert les yeux à la fin, les gens étaient debout en train de
m’applaudir. J’étais bouleversé par leur réaction. Je me sentais tellement bien.
télévisée. C’est à ce moment-là que Kenny Gamble et Leon Huff nous ont proposé
des maquettes de chansons. On nous a dit qu’on enregistrait à Philadelphie dès que
tous nos spectacles seraient terminés.
Randy, qui faisait désormais partie des Jackson 5. Motown nous avait prévenus que
nous n’avions pas le droit d’utiliser notre nom de groupe, " Jackson 5 " dans un autre
contrat car ils avaient l’exclusivité de notre nom, et c’était de bonne guerre, c’est
pourquoi nous nous sommes appelés " The Jacksons ".
avions toujours eu beaucoup de respect pour les disques que Gamble et Huff avaient
réalisé tels que "Backstabbets " par les O’Jays, " If You Don’t Know Me By Now " par
Harold Malvin et The Blue Notes (avec Teddy Pendergross). " When Will I See You
Again " par The Three Degrees, et j’en oublie bien d’autres. Ils rassurèrent papa en
lui disant qu’ils nous avaient bien observés et qu’ils allaient faire très attention à bien
nous servir. Papa ajouta que nous aimerions écrire une ou deux chansons pour notre
prochain album, et ils promirent de nous écouter sans préjugés. On a donc rencontré
toute l’équipe : Kenny, Leon avec Mc Fadden et John Whitehead. Ils nous ont montré
Dextor Hanzel faisait partie de l’équipe.
dont on écrit une chanson en les regardant travailler. Rien qu’en observant Huff au
piano pendant que Gamble chante, on a tout compris sur l’anatomie d’une chanson.
Kenny Gamble est un maître de la mélodie. C’est en le voyant créer que j’ai compris
l’importance qu’il faut attacher à la mélodie. Je restais assis des heures, comme un
rapace, sans bouger, et j’observais chaque décision, j’écoutais chaque note. Ils
venaient dans notre hôtel et ils jouaient assez de musique pour faire un album. C’est
ainsi qu’ils nous ont présenté les chansons qu’ils avaient choisies pour notre disque,
en dehors des deux nôtres. Ce fut un grand moment.
intervalles entre nos émissions de télé, mais nous voulions attendre encore un peu. Il
n’y avait pas d’urgence pour leur mettre trop de pression. Nous savions que Philly
avait beaucoup à nous offrir et nous lui réservions cette surprise plus tard.
difficiles à garder car nous en étions tellement fiers. " Style-life " était sorti d’une
improvisation que Tito avait dirigée et qui ressemblait un peu au " groove " de "
Dancing Machine ". Mais c’était plus " hard " que si Motown l’avait supervisé.
chante plus, je n’ai pas honte de la réécouter. Je n’aurais pas pu continuer ce métier
si je finissais par détester mes propres disques après autant de travail. C’est une
chanson légère sur le thème d’un moment de dépression qui se termine bien.
J’aimais beaucoup la chanson de Jackie Wilson " Lonely Teardrops " et sa façon de
rire malgré l’intolérable chagrin à l’intérieur.
Epic, nous avions l’impression d’avoir tous la même tête sur la photo. Même Tito
avait l’air maigre ! Je portais encore mes cheveux Afro, alors on ne se distinguait pas
vraiment des autres. Pourtant, sur scène, quand nous avons commencé à chanter
nos nouvelles chansons, comme " Enjoy Yourself " et " Show You The Way To Go "
les gens savaient que j’étais toujours le deuxième à gauche, à l’avant. Randy prit la
place habituelle de Tito et Tito reprit la place de Jermaine. Il m’a fallu longtemps pour
m’y habituer, et pourtant Tito n’y était pour rien.
danser. Il y avait une rythmique et une section de cuivres excellentes. Ce fut aussi un
Numéro UN. J’ai personnellement plus de penchant pour le second titre parce que "
Show You The Way To Go " montre que les gens de chez Epic ont cherché à mettre
en valeur nos voix. Il y a des parties de chant sur tout le disque, et c’est le meilleur
qu’on ait fait ensemble. Je suis surpris que ce titre n’est pas eu autant de succès, car
j’adore les tenues de cordes et les sons de cymbales, comme des ailes d’oiseaux.
qui s’appelait " Living Together ", que Kenny et Leon avaient choisie en pensant à
nous. En gros, cette chanson disait : " Si on est là pour durer ensemble, on a intérêt
à s’aimer, à prendre du bon temps, en famille, et à en profiter avant qu’il soit trop
tard..." C’était un message des Jacksons, même si ce n’était pas encore tout à fait le
style Jacksons.
savions qu’en exécutant ce que , eux, faisaient de mieux, nous perdions une partie
de notre identité. Nous étions ravis de faire partie de la famille Philly, mais ça ne
nous suffisait plus. Nous étions décidés à faire tout ce que nous avions voulu faire
depuis si longtemps. C’est pourquoi nous nous sommes retrouvés dans notre studio
Encino pour retravailler tous en famille. " Going Places ", notre deuxième album pour
Epic, était différent du premier. Il y a avait davantage de chansons à message et
moins de chansons pour la danse. Nous savions que le message de paix, sur une
musique élaborée était la chose à faire, mais ce n'était pas encore notre vrai style.
parce que la chanson " Different Kind Of Lady " est devenue le choix le plus évident
pour les discothèques. Ce titre était placé au milieu de la face A, entre des chansons
de Gamble et Huff, et la nôtre est partie comme une fusée. C’était vraiment un titre
explosif, avec les cuivres qui ponctuaient chaque accent comme des points
d’exclamation, exactement comme nous l’entendions. C’est le son que nous
cherchions à donner quand on faisait nos maquettes avec notre vieil ami Bobby
Taylor avant d’aller chez Epic. Kenny et Leon n’avaient plus qu’à mettre la touche
finale. Le glaçage en chocolat sur le gâteau, mais cette fois, c’est nous qui l’avions
préparé et fait cuire nous-mêmes.
venir avec lui pour rencontrer Ron Alexenburg. Ron nous signa un contrat chez CBS
car il croyait très fort en nous. Il fallait le convaincre que nous étions prêts à prendre
la direction de notre propre musique. Nous avions de quoi le prouver, et nous avons
expliqué que nous voulions travailler avec Bobby Taylor. Bobby nous avait secondés
toutes ces années, et nous étions sûrs qu’il ferait un super directeur artistique pour
tout. Epic exigeait que nous restions avec Gamble et Huff parce qu’ils avaient fait des
hits, mais notre association ne collait pas.. Nous étions peut-être les mauvais
jockeys, ou bien nous étions les mauvais chevaux, parce que leurs chansons, avec
nous, ne se vendaient pas, et ce n’était pas notre faute. Notre conscience morale a
toujours renforcée notre attitude dans le travail.
d’être aussi tranchant avec ses amis du business que les musiciens comme nous,
peuvent l’être entre eux. Mais papa et moi étions sur la même longueur d’ondes
quand il s’agissait de l’aspect business de la musique. Les gens qui font de la
musique et les gens qui vendent les disques ne sont pas ennemis pour autant. Moi je
mets autant de moi dans ce que je fais, qu’un musicien classique et je fais tout ce
que je peux pour atteindre le plus large public possible. Les gens des compagnies de
disques aiment leurs artistes, et eux aussi cherchent à atteindre un marché très
vaste. Tout en mangeant le délicieux repas qu’on nous avait apporté dans le bureau
de l’état-major de CBS, nous avons déclaré à Mr Alexenburg, que la maison Epic
avait fait de son mieux pour nous, mais que ce n’était pas suffisant. Nous sentions
que nous pouvions faire mieux, et que notre réputation valait la peine d’être mise au
défi.
parlé papa et moi. Chacun réfléchissait dans la voiture pendant notre retour à l’hôtel.
Il n’y avait pas grand -chose à ajouter à ce qui avait été dit. Toute notre vie était
orientée en vue de cette rencontre, apparemment sereine et polie. Je sais que Ron
Alexenburg sourit souvent quand il pense à cette confrontation.
ans. Je portais déjà un poids considérable sur mes épaules pour mon âge. Les gens
de ma famille s’en remettaient de plus en plus à moi pour le business et les décisions
artistiques, et j’étais très anxieux, car je ne voulais pas les induire en erreur.
j’avais voulu faire toute ma vie : jouer dans un film. Comble
d’ironie, ce sont mes contacts avec Motown qui me permirent
de réaliser ce rêve.
Magicien d’OZ au moment où nous quittions la compagnie. "
The Wiz " était une version moderne, " noire ", du film célèbre
que j’avais toujours adoré. Je me souviens que quand j’étais
môme, ce film passait à la télé tous les ans, et toujours un
dimanche soir. Les enfants d’aujourd’hui ne peuvent pas
imaginer l’importance de cet événement parce qu’ils
grandissent avec la vidéocassette et la télé par câble, ce qui
leur donne un choix considérable.
ce spectacle au moins six ou sept fois. Par le suite, je suis devenu ami avec la star
du show, Stéphanie Mills, la " Dorothée " de Broadway. Je lui ai dit alors, et je l’ai
toujours cru depuis, que c’était vraiment dommage que sa performance sur scène ne
soit pas immortalisée à l’écran. J’ai pleuré à chaque fois en voyant ce spectacle.
Pourtant, je ne sais pas si j’aurais aimé y jouer. Moi, j’aime bien pouvoir juger ce que
j’ai fait, que ce soit sur bande ou sur pellicule, pour pouvoir améliorer, perfectionner,
la performance. On ne peut pas faire ça avec un spectacle en direct. Je suis toujours
triste quand je pense à tous les grands acteurs qui ont donné des représentations
que nous ne verrons jamais, et qui sont perdues pour toujours, simplement parce
qu’elles n’ont pas été enregistrées.
Stéphanie, mais elle était tellement émouvante que je me serais mis à pleurer sous
le nez du public. Motown acheta le " Wiz " pour une seule raison : donner le rôle
principal à Diana Ross, et pour ma part, je pense que c’était la meilleure des
motivations.
mais elle ne nous oubliait pas sous prétexte qu’on avait signé avec un autre label.
Nous étions toujours en contact avec elle, malgré ces changements, et elle nous
avait rencontrés à Las Vegas, où elle nous donna un sacré coup de pouce quand on
y travaillait. Diana devait jouer le rôle de Dorothée et elle m’encouragea à auditionner
pour les rôles à pourvoir. Elle me rassura en me disant que les gens de Motown ne
m’en voudraient pas d’être dans une maison de disques concurrente et qu’ils ne
m’empêcheraient pas d’avoir le rôle, juste par dépit. Elle en faisait son affaire, et elle
me le garantissait.
me voir auditionner pour " The Wiz ". J’avais beaucoup de chance qu’il réagisse
ainsi, car grâce à cette expérience j’ai été contaminé par le virus des acteurs. J’avais
envie de tourner un film et c’était la chance de ma vie. Quand on fait un film, on
capture quelque chose d’éphémère et on arrête le temps. Les gens, leur histoire,
l’histoire du film devient quelque chose qui va pouvoir être reçu dans le monde entier
par plusieurs générations. Faire un film est très excitant. C’est un gros travail
d’équipe et c’est amusant, en même temps. J’ai très envie de m’y consacrer à
l’avenir.
à mon style. J’étais trop félin pour l’Homme-en-fer-blanc, et pas assez pour le Lion, à
cause de ma petite taille. Une fois le personnage choisi, j’ai mis toute mon énergie,
toutes mes pensées dans la lecture et la chorégraphie de mon rôle. Lorsque le
réalisateur Sydney Lumet m’appela, j’étais fier d’avoir été accepté mais j’avais peur.
Le tournage d’un film était une nouveauté pour moi, et j’allais abandonner mes
responsabilités envers ma musique et ma famille pendant plusieurs mois. J’avais
visité New-York où le tournage devait avoir lieu, pour sentir l’atmosphère de Harlem
qui imprégnait l’histoire du " Wiz ", mais je n’y avais jamais vécu. J’ai été surpris de
m’habituer si vite à ce style de vie. J’étais ravi de rencontrer tout un groupe de gens
dont j’avais toujours entendu parler sur l’autre côté des États-Unis, mais que je ne
connaissais pas.
observé, et j’ai appris, en regardant.
inconsciemment, à comprendre ce qui m’arrivait. J’étais anxieux, et je me demandais
ce que j’allais faire de ma vie maintenant que j’étais adulte. Chacune de mes
décisions pouvait engager tout un tas de répercussions dans ma vie future. Quand
j’étais sur le plateau de tournage du " Wiz ", c’était comme une grande école pour
moi. J’avais encore des problèmes d’acné à cette époque-là, et j’étais très heureux
qu’on me maquille car ça ne se voyait plus. C’était un maquillage étonnant. Le mien
prenait cinq heures à réaliser, six jours par semaine. Nous ne tournions pas le
dimanche. Après quelques jours de pratique, la séance de maquillage ne dura que
quatre heures par jour. Les autres, qui se faisaient maquiller en même temps que
moi ne comprenaient pas comment j’arrivais à rester assis aussi longtemps. Ils
détestaient ça, mais moi j’aimais bien qu’on me mette tous ces trucs sur la figure.
Quand je me retrouvais déguisé en épouvantail, j’étais émerveillé. Je pouvais devenir
quelqu’un d’autre et échapper à ma réalité, à ma personnalité. Les enfants venaient
me voir, et je m’amusais tellement avec eux sur le plateau, dans mon costume.
un film, je m’étais toujours vu habillé élégamment
mais c’est au contact des techniciens, des
maquilleurs, des accessoiristes et des costumiers,
à New-York, que j’ai découvert les aspects de ce
métier merveilleux qu’est le cinéma. J’avais
toujours adoré les films de Charlie Chaplin, et on
ne peut pas dire qu’il ait choisi de bien s’habiller au
temps du muet. Moi, je voulais donner la même
impression de qualité du personnage dans ma
tenue d’épouvantail. J’aimais tout dans ce
costume : la tomate en guise de nez, la perruque
en paille, et j’ai même gardé le pull blanc et orange
problème pour les apprendre. Mais cette facilité fut la cause de problèmes inattendus
avec mes partenaires.
qu’en le regardant faire ses gestes, une seule fois. Pour d’autres, il faut certainement
reproduire chaque mouvement, chaque pas, l’un après l’autre, avec tout ce que cela
comporte de réflexion : ma hanche part à droite et mon pied gauche, si je fais ça et
puis ça, et mon cou bien droit, en arrière...mais moi je n’ai qu’à regarder et je le fais
aussitôt.
mouvements, et je me rendais compte que mes partenaires, l’Homme-en-fer-blanc,
le Lion et Diana Ross, me faisaient la tête. Je ne comprenais pas pourquoi, jusqu’au
moment où Diana est venue me trouver et m’a expliqué que je la mettais mal à
l’aise ?
de danse beaucoup trop vite. C’était gênant pour elle et les autres, qui n’arrivaient
pas à suivre aussi vite les indications du chorégraphe. Je reproduisais
instantanément tout ce qu’il montrait sans le moindre effort, et eux avaient beaucoup
de mal à apprendre ces pas. Elle me fit rire et je lui promis de dissimuler ma trop
grande facilité pour ne pas embarrasser les autres.
déconcerter quand vous êtes devant une caméra. Au beau milieu d’une scène
dramatique, il n’était pas rare que quelqu’un me fasse des grimaces sous le nez pour
me faire rire. J’ai toujours pris mon travail tellement au sérieux que ce genre
d’attitude me semble méchante. C’est un manque de professionnalisme et je trouve
ça impoli et injuste.
Mais les problèmes étaient rares sur le plateau et c’était merveilleux de travailler
avec Diana de façon aussi intime. C’est une femme magnifique et bourrée de talent.
Je l’aime énormément et je l’ai toujours aimée.
d’angoisses et de tensions dues au surmenage. Je me souviens que le 4 juillet,
j’étais à la plage devant la maison de mon frère Jermaine, et je courais dans les
vagues. Tout à coup je me suis arrêté de respirer. Plus d’air. Rien. J’essayais de ne
pas paniquer. Je me demandais ce qui n’allait pas, en courant vers la maison de mon
mes poumons, ça ne s’est jamais reproduit, même s’il m’arrive de sentir des
picotements dans cette région. Mais c’est peut-être mon imagination. J’ai appris plus
tard que c’était une forme de pleurésie. Mon médecin me suggéra de ralentir mon
rythme de travail, mais ce n’était pas possible. La règle du jeu, dans mon cas, exige
beaucoup de travail.
mais ce nouveau script différait du spectacle de Broadway. L’esprit était le même,
toutefois il était ouvert à plus de questions, et comportait plus de réponses aussi.
Dans l’histoire originale, on est en plein royaume magique pour conte de fées. Dans
la nouvelle version, le décor était plus proche de la réalité d’aujourd’hui. Les enfants
pouvaient reconnaître les cours d’école, les stations de métro et le quartier d’où
venait Dorothée.
J’adore en particulier la scène où Diana demande : " De quoi ai-je peur ? Je ne sais
pas en quoi je suis faite..." Parce que moi, j’ai éprouvé cette impression très souvent,
même dans les meilleurs moments de ma vie. Elle parle du pouvoir de surmonter la
peur et de marcher dans la vie, la tête haute. A ce moment-là, elle sait, et le public le
sait aussi, qu’aucun danger ne peut l’atteindre.
sur mon piquet, avec des corbeaux ricaneurs qui volaient autour de moi en se
moquant de moi pendant que je chantais " You can’t Win " (tu ne peux pas gagner).
C’est l’impression que beaucoup de gens éprouvent un jour ou l’autre, et ça parle de
l’humiliation et du sentiment de découragement qui nous étreint quand les gens, au
lieu de vous soutenir, vous enfoncent encore plus en aggravant votre sentiment
d’insécurité, votre manque de confiance en vous. Dans ce script, j’avais des tas de
réponses et de citations sous forme de messages parsemés, dans la paille de ma
perruque, et je tirais les réponses au hasard sans savoir comment m’en servir. La
paille de ma perruque contenait toutes les réponses, mais je ne connaissais pas les
questions.
la bonne fée et ses amis qui donnent à Dorothée la solution à tous ses problèmes,
alors que dans notre version, c’est Dorothée qui arrive à ses propres conclusions.
Elle a le courage de défendre ses amis et de se battre avec Elvina, et son
personnage est étonnant. Je garde en moi constamment le souvenir de la façon dont
Diana a joué et dansé dans ce film. Elle a été une Dorothée parfaite.
avait tous les deux, c’est comme si le film était une version résumée de ma propre
histoire. Tout était sens dessus-dessous et j’ai montré tout ce que je savais faire
depuis que j’étais tout petit. Quand mon père et mes frères ont su que j’avais obtenu
le rôle, ils ont cru que ça serait trop pour moi, ce fut le contraire. " The Wiz " m’a
donné de l’inspiration et de la force. Mais que faire de ces choses et comment les
canaliser et les mettre à profit par la suite ?
chemin parallèle au mien et que nos routes allaient se croiser sur le plateau du " Wiz
". Je me souviens que c’était pendant une répétition, à Brooklyn, et nous lisions nos
textes à voix haute, tous ensemble. Je croyais que c’était difficile d’apprendre un
texte par coeur et de donner la réplique, mais j’ai été agréablement surpris. Tout le
monde était gentil avec moi en me disant que c’était très facile, et c’était vrai.
n’étaient pas visibles dans cette scène parce qu’ils avaient tous leurs costumes de
corbeaux. Apparemment, ils connaissaient leur texte par coeur. J’avais bien appris le
mien, mais je ne l’avais pas encore dit plus de deux fois.
C’était une citation. Le nom de l’auteur, Socrate, était écrit à la fin. Il faut dire qu’en
anglais, les noms d’origine grecque sont rares et difficiles à prononcer. Et, comme
j’avais déjà lu Socrate, mais que je n’avais jamais eu à l’occasion de prononcer son
nom, je me suis planté. J’ai prononcé un " S " au lieu d’un " Z " pour " Socrate ", à la
fin du mot.
Quelqu’un me souffla la bonne prononciation, et en levant les yeux, je reconnus
vaguement cet homme, qui n’avait pas l’air d’un acteur, mais qui cependant faisait
partie de l’équipe. Je me souviens qu’il avait l'air très sûr de lui, et que son visage
était très sympathique.
son aide. J’avais déjà vu son visage quelque part. Il me tendit la main et confirma
aussitôt mes doutes.
14 juillet 2009
Moonwalk: L'autobiographie de Michael Jackson.
Voici la suite tant attendue de l'autobiographie de Michael Jackson: Moonwalk sortie en 1988 et qui devrait être redistribué en août 2009.
Des petits problèmes techniques m'ont temporairement empecher de vous dévoiler la suite de ce livre.
Je continuerais donc à l'endroit où je m'étais arreté la dernière fois, c'est à dire à la fin de la première partie du chapitre deux. Vous aurez même droit à des photos exclusives.
Vous pouvez également cliquez sur l'onglet "Moonwalk", en haut à gauche, pour lire le livre dans son intégralité sans avoir à passer en revue le blog en entier. Voic donc la suite:
La Terre Promise (Chapitre 2 suite et fin)
Après le succès de " I’LL be there ", l’automne de la même année, nous avons réalisé que les espérances de Berry avaient été dépassées et que nous pourrions lui redonner tout ce qu’il avait fait pour nous.
son pour au moins dix ans. C’était la première fois, dans l’histoire du disque, qu’un
groupe de gamins accumulait autant de succès. Les Jackson 5 n’avaient jamais eu
grand-chose à redouter des autres groupes de gamins de notre âge. Quand on
faisait les concours d’amateurs, on voyait souvent un groupe qui s’appelait The Five
Stair-Steps, mais ils n’avaient pas l’air d’avoir d’unité familiale aussi forte que la nôtre
et, malheureusement, ils se sont séparés. Pourtant, ils étaient bons. Après notre hit "
ABC ", on a commencé à voir d’autres groupes, lancés par les maisons de disques
pour essayer de nous imiter et suivre notre locomotive. Je les aimais beaucoup. Il y
avait : The Patridge Family, The Osmonds, The De Franco Family. The Osmonds
étaient très différents de nous par leur style musical ; ils étaient beaucoup plus "
crooners ". Dès qu’on faisait un hit, tous les autres groupes embrayaient dans notre
sillage ! Ça ne nous dérangeait pas, car la compétition est toujours stimulante. Je me
souviens que pour chanter sur scène je devais grimper sur une caisse en forme de
pomme qui portait mon nom, pour pouvoir atteindre le micro. C’est là que j’ai passé
le plus clair de mon temps, à chanter de tout mon coeur debout sur ma pomme,
pendant que les gosses de mon âge jouaient dehors.
Comme je l’ai déjà dit, c’était l’équipe " The Corporation " qui façonnait et réalisait
toute notre musique. J’ai rongé mon frein plus d’une fois parce que je sentais que la
chanson aurait dû être chantée autrement et non pas comme on m’obligeait à la
faire. Mais j’ai obéi pendant longtemps et je n’en parlais jamais. Finalement, j’ai fini
par en avoir ras-le-bol de faire ce qu’on me disait sans broncher. C’était en 1972 et
j’avais quatorze ans. Il s’agissait de la chanson " Locking Through The Windows ". Ils
voulaient me faire chanter d’une certaine manière et moi je savais qu’ils avaient tort.
Peu importe l’âge, quand " on L’A " et qu’on le sait, alors les gens devraient nous
écouter. J’étais furieux et vraiment énervé. Aussi j’ai téléphoné à Berry Gordy et je
me suis plaint. Je lui ai dit qu’ils étaient toujours en train de me dire comment je
devais chanter, et moi j’obéissais, mais maintenant ils étaient devenus trop...
systématiques.
Il est venu aussitôt au studio et il leur a demandé de me laisser faire à ma guise.
Après cela, j’ai commencé à ajouter des effets de voix et ils adoraient ça. Je faisais
des impros " ad lib " ; je déformais certains mots exprès ou j’en ajoutais.
Quand Berry était en studio avec nous, il
avait toujours des idées géniales. Il passait
de studio en studio, et ajoutait la touche du
maître à tout ce qui se faisait pour que les
disques sonnent mieux. Walt Disney faisait
la même chose. Il allait voir tous ses
artistes et il leur disait : " A mon avis, ce
personnage ne ressort pas assez. " Je
savais que Berry était content de moi quand
il roulait sa langue dans sa bouche en signe
de satisfaction. Et quand il était vraiment
emballé, il donnait des coups de poing en
l’air, comme l’ancien boxeur professionnel
qu’il avait été.
Mes trois chansons favorites, de cette
époque-là, sont "Never Can Say Goodbye",
"I’ll be There", et "ABC". Je n’oublierai
jamais la première fois où j’ai entendu "
ABC ". Je trouvais ça tellement bon !
Je me souviens de ce désir instantané d’aller tout de suite en studio pour chanter
cette chanson et en faire un tube.
On répétait encore chaque jour et on travaillait vraiment dur. Cela n’avait pas
changé. Il y avait un tas de gens qui s’occupaient de nous, et on en voulait tellement
qu’on avait l’impression que rien ne pourrait nous arrêter.
Quand " I Want You Back " est sorti, tout le monde à Motown savait que ça ferait un
malheur. Diana l’adorait et elle décida de nous présenter dans une grande
discothèque d’Hollywood, où nous devions jouer dans une atmosphère chaleureuse,
un peu comme chez Berry. Tout de suite après, nous devions jouer dans une
retransmission de l’élection de " Miss Black America ".
Le fait de passer dans cette émission devait nous permettre de donner aux gens une
première de notre disque et de notre show. Nous nous souvenions encore, mes
frères et moi, de notre déception à l’idée de ne pas aller à New-York pour notre
première télé, au moment où Motown nous avait convoqués. Et voilà que nous
allions passer à la télé, après avoir été acceptés à Motown. La vie nous souriait.
Diana nous offrait, en plus la cerise sur le gâteau. C’est elle qui devait présenter le "
Hollyday Palace ", un grand show du samedi soir : ce devait être la dernière fois
qu’elle chantait en groupe avec les Suprêmes, et c’était notre première apparition
dans un spectacle de cette envergure. C’était un gros coup pour Motown, parce qu’il
avait décidé que notre album s’appellerait : "Diana Ross présente les Jackson Five".
Jamais dans le passé, une star comme Diana n’avait passé le flambeau à un groupe
de mômes. Tout le monde était surexcité, Motown, Diana et les cinq gamins de Gary,
Indiana. Déjà le titre " I Want You Back " était sorti et Berry avait prouvé qu’il avait eu
raison. Toutes les stations de radio qui diffusaient Sly et les Beatles, nous passaient
aussi.
Comme je l’ai dit, on n’avait pas mis autant d’énergie et d’efforts dans l’album que
dans le 45 tours, mais on s’est bien amusés quand on a enregistré des chansons
comme " Who’s Lovin’You ", une reprise des Miracles (que l’on chantait dans nos
concerts d’amateurs), et " Zip-A-Dee-Doo-Dah ".
Les chansons de cet album touchaient un large public, enfants, adolescents, adultes,
et nous pensions que c’était une des raisons de son immense succès. Nous savions
que Hollywood Palace avait un vrai public en direct, des gens très chics d’Hollywood,
et on avait le trac. Mais on se les est mis dans la poche dès les premières notes. Il y
avait un orchestre dans la fosse, et pour la première fois, j’ai entendu la chanson " I
Want You Back ", avec l’orchestration complète, en direct devant moi, car je n’étais
pas là quand les violons étaient venus faire les séances de chant pour l’album. On
était les rois dans ce show, comme la première fois qu’on avait gagné le Grand Prix
de la ville de Gary.
Le choix de nos chansons devenait un vrai casse-tête, maintenant que nous ne
chantions plus les chansons des autres. Les types de " Corporation " et Hal Davis
planchaient pour nous écrire des chansons sur mesure, et pour les réaliser. Berry ne
voulait pas en prendre la responsabilité et il leur déléguait tous les pouvoirs dans ce
domaine. Dès nos premiers succès, il a fallu nous préoccuper des suivants.
" I Want You Back " aurait pu être chantée par un adulte, mais " ABC " et " The Love
You Save " avaient été écrites pour des voix jeunes, avec des parties pour Jermaine
et pour moi, ce qui était une référence au son de " Sly ", car les chanteurs se
répondaient sur scène. Les gens de " Corporation " avaient écrit ces chansons en
pensant à des pas de danse que nos fans imitaient dans les boums après nous avoir
vus sur scène. Les paroles étaient acrobatiques sur le plan de la diction et on se
partageait les textes, Jermaine et moi.
Aucune de ces disques n’aurait existé s’il n’y avait pas eu " I Want You Back ". Par la
suite, nous avons ajouté et retranché des idées à l’arrangement de base de ce qui
était une sorte de " chanson mère ", et le public aimait tout ce qu’on lui proposait.
Nous avons fait deux disques dans la même veine. " Mama’s Pearl " et " Sugar
Daddy " qui me rappelait la cour de récréation de mon école primaire : " C’est moi qui
te donne des bonbons, mais c’est à lui que tu donnes tout ton amour..." Quand on
faisait cette chanson sur scène, Jermaine et moi, nous chantions dans le même
micro et nous faisions un chorus de voix fantastique, qui déclenchait l’enthousiasme
du public.
Les pros nous ont dit qu’ils n’avaient jamais vu un groupe démarrer comme on l’a
fait. Jamais ! " I’ll Be There " fut notre tube le plus déterminant ; c’était une chanson
qui disait : " On est là, et on va y rester. " Cette chanson a été numéro un pendant
cinq semaines, ce qui est tout à fait inhabituel. C’est très rare pour une chanson de
tenir aussi longtemps, et elle reste encore une de mes favorites. Les paroles
signifiaient : "...Toi et moi faisons un pacte, le salut est possible, si nous le voulons
assez fort. " Ça ne ressemblait guère à Willie Hutch et Berry Gordy cette façon
d’écrire, car dans la vie, quand ils n’étaient pas en studio, ils étaient tout le temps en
train de faire les clowns avec nous. J’ai eu le frisson dès le premier instant où j’ai
écouté la maquette Je ne savais même pas ce qu’était le son d’un clavecin avant
qu’on nous joue les premières notes. La réalisation géniale de ce titre est due à Hal
Davis, assisté de Susy Ideka, mon âme soeur, qui veillait à ce que je mette la bonne
émotion dans chaque chanson, en restant près de moi constamment. C’était une
chanson sérieuse, mais nous y avions mis de la gaieté, comme dans un autre titre
des Four Tops qui s’appelait : " Reach out, I’ll Be There. " Nous nous sentions de
plus en plus inscrit dans l’histoire et l’avenir de Motown.
Au départ, c’est moi qui chantais les parties rapides et Jermaine qui faisait les
ballades. Mais, bien qu’à dix-sept ans la voix de Jermaine soit plus mûre que la
mienne, moi j’adorais les ballades, même si ce n’était pas encore mon style. C’était
notre quatrième tube en tant que groupe, mais les gens aimaient autant la face B qui
était une chanson de Jermaine : " I Found That Girl ", que la face A : " The Love You
Save. "
Avec tous ces titres, nous avons combiné un medley bien ficelé, avec des pauses
instrumentales pour la danse, et c’est ce "medley" que nous donnions dans les
shows télévisés de toutes sortes. Nous avons passés trois fois dans le show " Ed
Sullivan ". Motown nous faisait répéter les interviews à l’avance, mais Ed Sullivan est
un des présentateurs les plus charmants que j’aie connus et il savait nous mettre à
l’aise. En évoquant cette période, je pense que nous étions des robots, programmés
par les gens de Motown, et je ne suis pas sûr que j’aurais fait les choses de cette
manière moi-même. Mais si j’avais des enfants, je ne leur dirais pas ce qu’ils doivent
dire. C’était la première fois que les gens de Motown dirigeaient une équipe
d’enfants, et après tout, qui peut dire qu’ils avaient tort ou raison ?
Quand les journalistes nous interviewaient, il y avait toujours quelqu’un à coté de
nous pour filtrer les questions et guider nos réponses. Nous n’aurions même pas
imaginé dire quelque chose qui les froisse. Je pense qu’ils redoutaient que nous
fassions passer une lueur de " militantisme black " à une époque où ils étaient très
actif. Le fait de nous avoir laissé porter des " afros " leur faisait peut-être craindre
d’avoir créé des petits " Frankenstein ". Un jour, un journaliste a posé une question
sur le Black Power, et ils ont répondu, à notre place, que nous ne nous considérions
pas comme autre chose qu’un " produit commercial ". C’était une réponse bizarre,
mais quand nous sommes partis, nous avons fait un clin d’oeil et nous avons levé le
poing, comme les militants, ce qui a eu l’air de faire plaisir au journaliste.
Nous avons même rencontré Don Cornelius dans son show, le "Soul Train". Il avait
été disc-jockey à Chicago quand nous y étions, et nous nous connaissions bien. Il y
avait toujours d’excellents danseurs qui venaient de notre région dans son émission,
et ça nous donnait des idées pour nos pas de danse.
Dès que les disques ont commencé à marcher, nous avons connu la vie folle des
tournées et des concerts. Il y a eu d’abord la grande tournée des Jackson 5 en
automne 1970. Nous avions des salles énormes, comme Madison Square Garden, et
le Forum de Los Angeles. Après le gros succès "Never Can Say Goodbye" en 1971,
nous avons donné quarante-cinq concerts cet été-là, puis cinquante autres un peu
plus tard.
Cette période a été très spéciale pour notre groupe. Nous étions très liés mes frères
et moi, et nous vivions tout le temps ensemble, dans l’affection et la loyauté. Nous
faisions les fous et nous faisions des farces aux gens de notre entourage. Nous
n’avons jamais dépassé les bornes en jetant des télés par les fenêtres par exemple,
mais il y avait pas mal d’eau et de plumes qui volaient autour de nous. Il faut dire
qu’on meurt d’ennui à passer autant d’heures sur la route et quand on se retrouvait
coincés dans nos chambres d’hôtels, il fallait absolument trouver quelque chose
d’idiot à faire pour passer le temps. On ne pouvait pas mettre le nez dehors, à cause
des hordes de filles qui attendaient. J’aimerais que nos plus grosses bêtises aient
été filmées car on s’est vraiment bien amusés. On attendait que notre garde du
corps, Bill Bray, soit endormi. C’était la folie dans les couloirs de l’hôtel, entre les
batailles de polochons, les matches de catch, les bagarres à crème à raser. On était
dingues. On lâchait des ballons et des sacs en papier pleins d’eau par les balcons de
l’hôtel, et on les regardait atterrir.
Parfois, on était morts de rire. On passait des heures au téléphone à commander des
menus extravagants et à les faire porter dans la chambre des autres voyageurs.
Gare aux malheureux visiteurs qui s’aventuraient dans notre chambre ! Il avait
quatre-vingt-dix chances sur cent de recevoir un seau d’eau sur la tête.
Quand on arrivait dans une nouvelle ville, on essayait de voir tout ce qui en valait la
peine. Nous voyagions avec une femme merveilleuse qui nous servait de professeur.
Elle nous a beaucoup appris, et c’est elle qui m’a donné le goût de la lecture et de la
littérature, qui me nourrit aujourd’hui. Je lisais tout ce qui me tombait sous la main.
Les nouvelles villes...c’était pour nous l’occasion d’acheter des choses dans les
magasins. Nous adorions ça. C’était notre récréation favorite. Malheureusement,
avec notre célébrité fulgurante, ces moments de plaisir se transformèrent très vite en
combat au corps à corps. C’était vraiment terrifiant de se faire littéralement happer
par des hordes de filles hystériques.
À peine avions-nous mis les pieds dans un magasin que tout le monde était au
courant et nos fans arrivaient par essaims et détruisaient l’endroit en un temps
record. Comptoirs renversés, verre brisé, caisses enregistreuses balayées... Tout ça
parce qu’on avait envie de regarder des vêtements. C’était plus que ce que nous
pouvions supporter. Quand on n’a pas vécu ce genre de scène, on ne se rend pas
compte de la terreur que cela peut produire.
Ces filles étaient " sérieuses ". Elles le sont encore. Par amour, elles peuvent faire
très mal. Leur intention est bonne, mais elles ne se rendent pas compte que ça fait
mal d’être agressé. Ça commence bien, mais ça peut finir mal. Des milliers de main
qui essaient de vous attraper, certaines par les poignets vous arrachent votre
montre, vous tirent les cheveux, et c’est extrêmement douloureux. Vous tombez sur
les objets qu’elles ont détruits et les écorchures sont insupportables. J’ai encore des
cicatrices, et je peux dire dans quelles villes je les ai eues. J’ai donc dû apprendre à
courir à travers des meutes de filles, à la sortie des hôtels, des théâtres, des
aéroports. Il faut toujours se protéger les yeux parce que les filles oublient qu’elles
ont des ongles au cours de ces confrontations émotionnelles. J’aime les fans pour
leur enthousiasme, mais je suis terrifié par la foule quand elle " veut " quelqu’un.
C’est en Angleterre que j’ai assisté à la scène de foule la plus terrifiante. Nous étions
en avion au-dessus de l’Atlantique quand le pilote annonça qu’on venait de lui dire
que dix mille jeunes nous attendaient à l’aéroport d’Heathrow. On n’arrivait pas à le
croire. C’était excitant, dans un sens, mais en même temps, si on avait pu rebrousser
chemin, on l’aurait fait. On savait que ça allait être dur, mais comme il n’y avait pas
assez de carburant pour retourner, on a dû atterrir. L’aéroport avait été littéralement
pris d’assaut. C’était ahurissant et on se demande encore, mes frères et moi,
comment on a pu en sortir vivants.
Je ne voudrais pour rien au monde oublier le souvenir de cette période de fraternité
totale. J’aimerais revivre ces journées. Nous étions comme les sept nains : chacun
de nous avait sa personnalité. Jackie était l’athlète et le plus anxieux. Tito était à la
fois fort et compatissant. Il adorait les voitures et il en cassait pas mal. Jermaine est
celui qui était le plus proche de moi. Il était drôle et facile à vivre, et il n’arrêtait pas
de faire des farces. C’est Jermaine qui plaçait les seaux d’eau sur les portes des
chambres d’hôtel. Marlon est le plus têtu et le plus déterminé de nous tous. Lui aussi,
c’était un sacré farceur. Quand il était petit, il se faisait toujours gronder parce qu’il
ratait pas une occasion de se planter ou de faire ce qu’il ne fallait pas. Il a bien
changé. C’est cette formidable amitié entre nous qui m’a soutenu pendant ces
journées de tournées exténuantes. Tout le monde s’entraidait. Jackie et Tito nous
empêchaient d’aller trop loin dans les plaisanteries. Mais ils avaient bien du mal à
contrôler Jermaine et Marlon quand ceux-ci déclaraient : " On va faire les fous. "
Tout cela me manque. Au début, on était tout le temps ensemble. On allait dans les
parcs d’attractions, on montait à cheval, on allait au cinéma. On faisait tout
ensemble. Dès que quelqu’un disait : " Moi, je vais à la piscine ", tout le monde
s’écriait : " Moi aussi. "
Nous nous sommes séparés petit à petit, quand mes frères se sont mariés, l’un
après l’autre. Le changement s’est produit quand chacun s’est rapproché de sa
femme et que l’unité familiale s’est créée pour chaque couple. Une partie de moi
aurait aimé rester comme nous étions, frères et meilleurs amis à la fois, mais les
changements sont inévitables et apportent du bon d’une manière ou d’une autre.
Nous aimons toujours être ensemble et nous passons toujours des moments supers
quand nous nous retrouvons. Mais cette période idyllique de vie libre est passée.
Quand nous étions en tournée avec les "Jackson 5, je partageais toujours la
chambre de Jermaine. Nous aimions les mêmes choses. Comme Jermaine était
aussi le plus coureur de tous, on a eu du bon temps avec les filles.
Je pense que c’est à cause de ça que mon père décida de nous avoir à l’oeil plus
que les autres. Généralement il prenait une chambre juste à côté de la nôtre, pour
entrer à l’improviste et voir ce que nous étions en train de faire. J’ai toujours haï ce
genre de chose, non seulement parce qu’il contrôlait notre vie privée, mais aussi
parce qu’il se permettait des plaisanteries douteuses. Quand on était en train de
dormir épuisés après un spectacle, il débarquait avec des filles dans notre chambre
et ils nous regardaient dormir en rigolant jusqu’à ce qu’on se réveille.
Pour moi le show-business et ma carrière représentaient toute ma vie, au cours de
ces années d’adolescence et mon plus gros problème n’était pas ce qui se passait
dans les studios ou sur une scène, c’était mon image dans le miroir. Mon identité en
tant que personne était liée à mon identité en tant que vedette.
Mon physique a commencé à changer vers l’âge de quatorze ans. J’ai commencé à
grandir. Les gens qui ne me connaissaient pas, avant de me rencontrer,
s’attendaient à trouver un mignon petit Michael Jackson quand ils entraient dans une
pièce et ils passaient à côté de moi sans me voir. Je disais : " C’est moi, Michael. "
Ils me regardaient d’un drôle d’air. Michael était un petit garçon adorable. Moi j’étais
devenu une grande asperge dégingandée. Je n’étais pas ce qu’ils attendaient ou ce
qu’ils voulaient voir. L’adolescence est déjà une période difficile, alors quand on est
déjà inquiet et que les gens réagissent mal à votre changement de physique, c’est
bien plus grave. Ils ne comprenaient pas que moi je puisse être comme les autres et
passer par les mêmes transformations.
C’était très dur. On avait toujours dit que j’étais " mignon ", mais avec la croissance,
j’ai commencé à avoir de l’acné.
Quand je me suis vu la première fois dans ma glace avec d’horribles boutons sur
toutes les pores de la peau, j’ai dit : " OH NON ! "
Plus j’étais complexé à cause de ça et plus j’en avais. Je ne le savais pas encore à
ce moment-là, mais les plats cuisinés et la graisse n’arrangeaient rien.
J’avais tellement honte de mon visage que j’avais beaucoup de mal à faire des
rencontres. J’avais l’impression que plus je me regardais dans la glace, plus j’avais
des boutons. J’en étais profondément déprimé et je sais à quel point ce problème
peut miner une personne. J’étais très perturbé par mon aspect physique. Je n’arrivais
pas à regarder les gens en face quand ils me parlaient. Je fuyais leurs regards.
J’avais l’impression que je ne pouvais être fier de rien et je ne pouvais même plus
sortir. Je ne faisais plus rien.
Mon frère Marlon était aussi couvert d’acné, mais il s’en fichait éperdument. C’est
quand même surprenant que deux frères réagissent d’une façon aussi différente.
Bien sûr, je pouvais au moins être fier de nos succès, et quand j’étais sur scène je
n’avais plus aucun souci. Mais quand je quittais la scène le miroir était de nouveau
là.
Finalement, les choses se sont arrangées. J’ai mieux supporté ma condition. J’ai
appris à changer ma façon de penser et à mieux me supporter. Le plus important, j’ai
changé la manière de me nourrir. C’était la solution.
À l’automne de 1971, j’ai enregistré mon premier album solo : " Got To Be There. "
C’était merveilleux de travailler sur ce disque. Il est devenu un de mes préférés.
C’était l’idée de Berry Gordy que je fasse ce disque seul et je suis devenu un des
premiers d’un groupe de Motown à sortir du lot. Je me suis aperçu par la suite qu’une
fois de plus, il avait eu raison.
Il y a eu un petit conflit à cette époque-là,typique, lorsqu’on est un jeune chanteur. Les
gens pensent qu’on a des idées farfelues,
parce qu’on est jeune. Nous étions en
tournée en 1972, l’année de " Got To Be
There " qui fut un hit. Un soir, je dis au roadmanager
: " Avant de chanter cette chanson,
j’aimerais quitter la scène une seconde pour
mettre le petit chapeau avec lequel je suis en photo sur la pochette du disque. Si le
public me voit porter ça, il va adorer. "
Il a pensé que c’était l’idée la plus ridicule qu’il ait jamais entendue. Mon idée était
stupide et ils n’allaient pas me laisser faire une chose pareille. Peu de temps après
cet incident, Denis Osmond a commencé à porter un chapeau semblable au mien et
tout le monde a trouvé ça irrésistible. Je savais que mon instinct était bon. J’étais sûr
que ça marcherait. J’avais vu Marvin Gaye en porter un quand il chantait " Let’s Get
It On " et les gens adoraient ça. Ils savaient ce qui allait suivre quand Marvin mettait
ce chapeau. C’était un supplément d’excitation qui donnait au public l’impression de
participer davantage à l’atmosphère du concert.
J’étais un fan des dessins animés quand le film d’animation sur les " Jackson Five "
est passé tous les samedis matin, en 1971, à la télévision. Diana Ross avait renforcé
mon goût pour l’animation en m’apprenant à dessiner, mais le fait de devenir le
personnage d’une série de dessins animés me poussa encore davantage à satisfaire
ma curiosité des films créés par Walt Disney. Je suis confondu d’admiration devant
M. Walt Disney et ce qu’il a accompli avec tous les artistes et ses créateurs de talent.
Quand je pense à la joie que sa société a procurée à des millions d’enfants et
d’adultes dans le monde entier, je n’en reviens pas.
J’ai aimé être un personnage de dessins animés. C’était super de se lever le samedi
matin et de regarder nos personnages animés sur le petit écran. C’était comme un
rêve devenu réalité. J’ai chanté la chanson du générique du film " Ben " en 1972 et
j’ai commencé à m’intéresser au film à cette période.
"Ben" a été très important pour moi. C’était terriblement excitant d’aller au studio pour
mettre ma voix sur le film. J’ai adoré ça. Plus tard, quand le film est sorti, j’allais
souvent le voir au cinéma et j’attendais le générique du film pour voir mon nom : "
Ben, chanté par Michael Jackson. " Ça m’impressionnait beaucoup. J’aimais la
chanson et j’aimais l’histoire. Ça ressemblait un peu à " E.T. " C’était l’histoire d’une
amitié entre un garçon qui mourait d’une maladie et dont le seul compagnon était
Ben, le chef d’une bande de rats, dans la ville où ils habitaient. Beaucoup de gens
ont trouvé ce film étrange, mais pas moi. La chanson est devenue numéro un, et
c’est encore une de mes préférées. J’ai toujours aimé les animaux et j’adore lire des
livres sur eux et voir des documentaires sur la vie des bêtes.
25 février 2009
Moonwalk: L'autobiographie de Michael Jackson.
Continuons ensemble à renter dans l'univers du Roi de la Pop, avec son autobiographie "MOONWALK".
"La terre promise" (Chapitre 2 - 1ère Partie)
C’était la jubilation totale quand nous avons appris que nous avions réussi notre audition à Motown. Je me souviens que Berry Gordy nous a tous fait asseoir et il nous a dit qu’on allait écrire une page d’histoire tous ensemble.
" Je vais faire de vous les plus grandes stars du monde, et on parlera de vous dans les livres d’histoire. "
C’est exactement ce qu’il nous a dit. Et nous, en entendant ça, on a sauté de joie en criant : " Ouais ! Okay ! ".
Je n’oublierai jamais ce moment. Il nous avait tous invités chez lui et c’était comme si nous étions en train de vivre un vrai conte de fées. Nous écoutions cet homme, bourré de talent, tellement puissant, nous prédire un succès hors du commun :
" Votre premier disque sera numéro un, votre second disque sera numéro un et votre troisième disque aussi. Trois tubes d’affilée !... Vous serez au top de tous les palmarès, comme Diana Ross et les Suprêmes l’ont été. "
Personne ne disait des choses pareilles à l’époque, mais il avait raison, c’est exactement ce qui nous est arrivé.
Je me demande encore comment je pourrais redonner à Diana Ross tout ce qu’elle a fait pour nous pendant cette période, car dès que nous l’avons rencontrée, en attendant que mes parents trouvent une maison en Californie, nous avons vécu avec elle, et chez elle, pendant plus d’un an. Nous avions trouvé un système très pratique : certains d’entre nous habitaient chez Berry Gordy et les autres chez Diana ; puis on changeait. Elle a été merveilleuse et elle s’est vraiment bien occupée de nous. C’était super pour nous, car Diana et Berry habitaient dans la même rue à Beverly Hills. On pouvait aller à pied de la maison de l’un à celle de l’autre. La plupart du temps, je passais la journée chez Diana, et la nuit chez Berry. Ce fut une période importante de ma vie, car Diana aimait beaucoup les arts, la peinture notamment, et elle m’a appris à l’apprécier. Elle m’a vraiment initié dans ce domaine. Tous les jours, on allait acheter du papier et du matériel de peinture. Quand on n’était pas en train de peindre ou de dessiner, c’est qu’on était en train de visiter un musée. Elle m’a fait découvrir les grandes oeuvres de Michael-Ange, Degas, et depuis je n’ai jamais cessé de m’intéresser à la peinture. Je lui dois beaucoup. Tout cela était tellement nouveau, tellement excitant pour moi. C’était vraiment différent de ce que j’avais l’habitude de faire, à savoir, vivre et respirer la musique, en répétant chaque jour, y compris les jours de fête et les dimanches. Comment croire qu’une grande star comme Diana ait pu prendre la peine et le temps d’enseigner la peinture à un gamin, et de l’initier à l’Art ? Je l’ai toujours aimé à cause de cela et je l’aime encore. Je suis fou d’elle. Elle a été ma mère, ma maîtresse et ma sœur en même temps, et c’est une femme étonnante.
Ce fut une période dingue pour mes frères et moi. Quand on a quitté Chicago pour aller en Californie, c’est comme si on découvrait un autre pays, un autre monde. C’était un enchantement permanent de se retrouver là-bas. J’étais déchaîné. J’allais partout, à Disneyland, Sunset Strip, à la plage. Mes frères étaient heureux comme des poissons dans l’eau. On était comme des mômes qui entrent pour la première fois dans une confiserie. La Californie étais un paradis : les arbres avaient des oranges et les feuilles en plein milieu de l’hiver. Il y avait des palmiers et des couchers de soleil merveilleux et la température de l’air était toujours douce. Chaque journée était une fête. Je faisais des choses que j’aimais et je ne voulais pas que ça s’arrête. Puis je m’apercevais que je pouvais faire quelque chose d’autre et que ça serait tout aussi passionnant. C’était une période enivrante.
Le plus extraordinaire dans le fait de vivre là-bas, c’est qu’on pouvait rencontrer toutes les plus grandes stars de Motown qui avait émigré en Californie avec Berry Gordy quand il avait quitté Detroit. Je me souviens, quand j’ai serré la main de Smokey Robinson pour la première fois. C’était comme si je me trouvais en présence d’un roi. J’ai raconté à ma mère qu’en touchant sa main c’était comme si j’avais touché un coussin précieux. On ne sait jamais les impressions que les gens éprouvent à notre égard dans des moments pareils quand on est soi-même une star, mes les fans le savent bien. Moi, du moins, je le sais. Je me rappelle, je me promenais partout en disant : " Sa main est si douce. " Quand j’y repense, je me trouve ridicule, mais il m’a vraiment impressionné. Oui, j’avais touché la MAIN de Smokey Robinson.
Il y a beaucoup d’autres artistes, musiciens, écrivains, que j’admire. Quand j’étais jeune, les gens que j’admirais étaient les grands showmen : James Brown, Sammy Davis Junior, Fred Astaire, Gene Kelly. Ce sont des gens qui touchent tout le monde. C’est ça le génie, le " quelque chose de plus que les autres n’ont pas ". C’est comme les oeuvres de Michel-Ange. Je ne m’en lasse jamais, et c’est la même chose pour certaines chansons, ou certaines voix qui m’émeuvent plus que les autres. Un dessin ou une peinture peut révéler un univers. De la même manière, une performance d’acteur ou de troupe peut me transformer.
À cette époque-là, Motown n’avait jamais enregistré de groupes d’enfants. En fait le seul enfant qui ait jamais été produit était Stevie Wonder. Aussi Motown était déterminé, quitte à promouvoir des mômes, à ce qu’ils soient, non seulement bons chanteurs et bons danseurs, mais aussi à ce qu’ils aient quelque chose de plus. Il voulait que le public nous aime, non seulement pour nos disques, mais aussi pour ce que nous représentions. Il voulait que nous donnions une image qui serve d’exemple aux autres gamins : nous devions bien travailler à l’école, être polis, et gentils avec nos fans, avec les journalistes et tous ceux qui nous approchaient. C’était très facile pour nous, car c’est comme ça que ma mère nous avait élevés. C’était une seconde nature chez nous. Le seul problème avec l’école, c’est que nous étions devenus tellement célèbres que les gens venaient nous regarder par les fenêtres de l’établissement, pour essayer d’avoir des autographes. J’essayais de faire mon possible, mais finalement c’est devenu trop compliqué et on nous a donné des professeurs à domicile.
Pendant cette période, nous avons eu avec nous une dame qui a beaucoup compté dans notre vie. Elle s’appelait Suzanne de Passe et elle travaillait pour Motown. C’est elle qui nous donna notre éducation religieuse dès que nous sommes arrivés à Los Angeles. Elle est devenue notre manager pour les Jackson 5. De temps en temps, nous dormions chez elle, nous y prenions nos repas, et nous jouions avec elle. On formait une équipe très joyeuse, et elle était toujours pétillante de gaieté et de jeunesse. Elle a beaucoup contribué à modeler notre image, et je lui serai éternellement reconnaissant de ce qu’elle a fait pour nous.
Je me souviens qu’elle nous montrait des petits croquis au fusain qui nous représentaient. Sur chaque dessin, nous avions une coupe de cheveux différente, et des vêtements, de couleurs, et de style différents. Quand on s’est tous mis d’accord sur la coiffure, on est allés chez le coiffeur pour qu’il nous fasse la coupe que nous avions choisie. Puis, on est allés dans un grand magasin de vêtements, pour essayer tout ce qui nous semblait intéressant. Mais comme les vêtements ne nous plaisaient pas, on a repris nos croquis et on a recommencé.
Nous avions des cours de bonnes manières et de grammaire. On nous donnait une liste de questions susceptibles de nous être posées par les gens. Il fallait donner des réponses sur nos goûts, nos loisirs, notre enfance, dire pourquoi on aimait chanter tous ensemble. Les fans et les reporters voulaient toujours savoir notre âge la première fois que nous avions mis les pieds sur une scène. Pour nous, c’était difficile de déballer notre vie privée, même si on appréciait l’intérêt des gens pour notre musique.
Les gens de Motown nous entraînaient à répondre à des questions qu’on ne nous avait pas encore posées. Ils nous faisaient passer des tests de grammaire, de bonnes manières à table. Quand tout ceci fut au point, ils mirent la dernière touche à la longueur de nos nouvelles coiffures " afros " et de nos manches de chemises.
Après quoi, on nous a proposé une nouvelle chanson qui s’appelait : " I Want You Back ". La chanson avait une histoire, comme c’est souvent le cas. Elle avait été écrite par un type de Chicago qui s’appelait Freddie Perrin. Il avait été le pianiste de Jerry Butler quand nous étions passés pour la première fois au night-club de Chicago. Il avait eu de la peine pour les petits gamins que nous étions à l’idée que si le patron de la boîte embauchait des mômes, c’est qu’il nous payait avec un lance-pierres. Son opinion changea radicalement quand il nous vit jouer.
Au départ, cette chanson s’appelait " I Want To Be Free " et elle avait été écrite pour Gladys Knight. Freddie avait même pensé que Berry pourrait " contourner" Gladys et donner la chanson aux Suprêmes. Entre-temps, Berry raconta à Jerry qu’il venait juste de signer avec un groupe de gamins de Gary, dans l’Indiana. Freddie comprit que c’était nous et décida de miser sur le bon cheval.
Quand on avait enregistré dans le studio Steeltown, Jermaine et Tito s’étaient donné beaucoup de mal pour jouer le mieux possible. Quand ils entendirent la maquette de " I Want You Back ", ils écoutèrent attentivement la ligne de basse et de guitare, mais papa les rassura en leur disant que Motown ne leur demandait pas de jouer sur l’enregistrement de nos disques. La section rythmique serait prise en charge par des musiciens du studio, avant les voix. Mais il fallait continuer à pratiquer nos instruments sans relâche, car ce serait d’autant plus difficile en concert, devant nos fans, et il ne s’agissait pas de les décevoir. En attendant, nous devions tous apprendre nos textes et nos entrées.
Les types qui s’occupaient de nous pour écrire et produire nos chansons travaillaient en équipe. Il s’agissait de Freddie Perrin, Bobby Taylor, Deke Richards, Hal Davis et aussi Fonce Mizell. Ils se faisaient appeler " The Corporation ". Nous sommes allés dans l’appartement de Richards pour répéter, et il a été impressionné par notre façon de travailler. Il n’y avait presque rien à changer dans l’arrangement des voix qu’il avait écrit, et comme il trouvait qu’on était " chauds ", il suggéra qu’on aille directement en studio pour enregistrer nos voix. L’après-midi même, nous étions en studio. Nous étions tellement satisfaits de notre travail que nous nous sommes précipités tout de suite chez Berry Gordy pour lui montrer notre travail. L’après-midi n’était pas encore terminé, et nous étions persuadés qu’après lui avoir fait écouter la chanson, nous serions rentrés à temps pour dîner.
En réalité, il était une heure du matin quand je me suis écroulé sur le siège arrière de la voiture de Richards, en essayant de garder les yeux ouverts avant d’arriver à la maison. Gordy n’avait pas du tout aimé la chanson. Il avait fallu la rechanter...l’un après l’autre, et du coup, Gordy entendait tout ce qui n’allait pas, et ce qu’il fallait changer dans les arrangements. Il essayait des nouveaux trucs avec nous, comme un chef de chorale qui fait répéter tous les membres du groupe pour donner l’illusion d’une seule voix, même si le public ne s’en aperçoit pas. Après nous avoir fait répéter, et avoir réarrangé la musique, il me prit à part pour m’expliquer ce que je devais faire. Il me dit exactement ce qu’il voulait et comment il voulait que je le passe. Puis il donna ses directives à Freddie Perrin. Berry était brillant dans ce domaine. La séance d’enregistrement fut particulièrement impressionnante parce qu’elle dura plus longtemps que tous les autres titres du disque. C’est comme ça qu’on travaillait à Motown à cette époque-là, parce que Berry insistait sur la perfection absolue dans le moindre détail. Je n’oublierai jamais sa persévérance. C’était son génie. En voyant travailler Berry, à ce moment-là et aussi par la suite, j’ai appris beaucoup, et j’oublierai jamais ces leçons-là. Maintenant encore, je garde les mêmes principes. Berry a été un grand professeur, un grand maître. Il savait trouver les éléments qui, au lieu de rendre la chanson " bonne ", allaient en faire un tube. C’était magique, chez lui, ce don de saupoudrer tout ce qu’il touchait avec de la poudre de perlimpinpin...et ça marchait !
Pour mes frères et moi, enregistrer à Motown était une expérience très excitante. Nos compositeurs, paroliers restaient avec nous pendant l’enregistrement qui durait jusqu'à ce que ce soit parfait. On pouvait rester des semaines à recommencer les mêmes voix, pour leur donner exactement ce qu’ils voulaient. Et c’est vrai que la chanson s’améliorait petit à petit, prenait forme, se sculptait au gré de leurs changements. Tout pouvait changer : les mots, les arrangements, les rythmes, tout ! Berry laissait cette liberté à son équipe, car il était de nature perfectionniste. D’ailleurs si eux ne l’avaient pas fait, lui, l’aurait fait. Il avait vraiment du génie pour ça. Quand il entrait dans la pièce où l’on travaillait, il me demandait de changer telle chose, et aussitôt, ça sonnait mieux. Il était étonnant.
Lorsque le 45 tours " I Want You Back " est sorti en novembre 1969, il s’est vendu à deux millions d’exemplaires en six semaines. Le suivant, " ABC ", est sorti en mars 1970, et il a fait deux millions d’exemplaires en trois semaines. J’aime encore la partie qui fait : " Siddow girl ! I think I love you ! No, get up girl, show me what you can do ! " Quand notre troisième 45 tours, " The love you save ", est sorti, il est devenu numéro un en juin 1970. La promesse de Berry s’était réalisée.
08 février 2009
Moonwalk: L'autobiographie de Michael Jackson.
Continuons ensemble à renter dans l'univers du Roi de la Pop, avec son autobiographie "MOONWALK".
"Des mômes qui rêvent" (Chapitre 1 - 7ème partie)
Le chargement des bagages prit moins longtemps que d’habitude. En principe, Ronnie et Johnny auraient dû venir avec nous, mais ils ne venaient pas cette fois-ci, car les musiciens de Motown devaient nous accompagner sur place en studio. Jermaine était dans notre chambre en train de finir de se préparer. Il me dit que ça serait chouette d’aller à Motown tout seuls, puisque Jackie avait son permis de conduire, et qu’il avait un jeu de clés du bus...C’était drôle d’imaginer la scène, mais au fond, on savait bien que c’était impossible, Même lorsque c’était maman qui dirigeait les répétitions, parce que papa ne pouvait pas se libérer plus tôt à cause de son travail d’équipe à l’usine, c’était comme si ses yeux et ses oreilles étaient encore dans la pièce avec nous. Elle savait toujours ce qui avait bien marché ou non la veille, et ce qui ne collait pas ce jour-là. Dès qu’il arrivait, papa le savait aussi. C’est comme s’ils avaient un code secret entre eux. Rien qu’en regardant maman, il savait toujours si on avait bien travaillé.
Les adieux furent rapides, au moment du départ pour Motown. Maman avait l’habitude de nous voir partir plusieurs jours de suite, pendant l’année scolaire et pendant les vacances. LaToya faisait un peu la tête parce qu’elle aurait voulu venir avec nous. Elle nous avait vus jouer seulement à Chicago et nous n’avions jamais pu rester assez longtemps au même endroit, à Boston ou à Phoenix, ne serait-ce que pour lui rapporter un petit cadeau. J’imagine qu’elle devait nous envier nos vies aventureuses pendant qu’elle restait à la maison. Rebbie était occupée à coucher Janet mais elle nous appela pour nous dire au revoir. Je fis un dernier câlin à Randy et nous sommes partis. |
Papa et Jackie regardaient la route sur la carte, plus par habitude que par nécessité, parce que nous étions déjà allés à Detroit. Nous sommes passés par le centre-ville, devant le studio de M. Keith. Nous avions fait plusieurs maquettes chez lui, que papa avait envoyées à Motown après notre 45 tours. Le soleil se couchait quand nous avons rejoint l’autoroute. Marlon déclara que si on entendait une de nos chansons en voiture, sur une des stations locales, ça nous porterait bonheur. Papa lui demanda de la fermer et nous passa le thermos tandis que nous trafiquions le bouton de la radio pour essayer de tomber sur notre groupe. Finalement, on a fini par écouter les Beatles sur une radio canadienne de l’Ontario. J’ai toujours été un fan du jeu de Monopoly à la maison et ce voyage à Motown me faisait penser à ce jeu. Au Monopoly, il faut avancer sur les cases en achetant des propriétés et en réfléchissant à ce qu’il vaut mieux faire et ne pas faire. Notre circuit de galères dans les boîtes de nuit et les concours d’amateurs avait été du même ordre. Il fallait éviter les puits et les embûches sinon on devait retourner à la case départ sans toucher la prime. En résumé nous nous étions déjà arrêtés plusieurs fois en cours de route, et nous avions fini par arriver au théâtre Apollo à Harlem, ce qui équivalait à une superbe carte " chance " pour des jeunes joueurs comme nous. Maintenant on était en route pour Motown. Est-ce qu’on allait gagner la partie, ou bien est-ce qu’on devrait mariner plusieurs tours en prison en attendant l’occasion de sortir ? |
Quelque chose avait changé en moi ; je le sentais très fort. J’en frissonnais, dans le minibus. Pendant des années, nous avions fait le projet de " tout casser " à Chicago, en nous demandant si nous pourrions seulement sortir de la petite ville de Gary, et nous avions réussi à prouver que nous étions assez forts pour y arriver. Puis nous avions pris le pari d’aller jusqu'à New-York, persuadés que, pour nous, ce serait la catastrophe si ça ne marchait pas. Même pendant les soirées de concerts à Philadelphie ou Washington, je me demandais tout le temps si un groupe inconnu n’allait pas nous battre à plate couture en arrivant à New-York. Quand on fait un tabac à l’Apollo, on s’est dit que rien ne pourrait plus nous arrêter. Cette fois, on était en route pour Motown, et on avait le vent en poupe. C’est nous qui allions leur en mettre plein la vue, comme on l’avait toujours fait. Papa a sorti de la boîte à gants la feuille de route dactylographiée, et nous avons quitté l’autoroute, en prenant la sortie de Woodward Avenue. |
Il n’y avait pas beaucoup de monde dans les rues parce que c’était un jour de semaine pour les autres. Papa était un peu inquiet parce que, contrairement à l’habitude, ce n’est pas lui qui avait réservé l’hôtel, mais les gens de Motown.
Papa était notre agent, notre tourneur, notre manager, et notre régisseur. Quand ce n’était pas lui qui s’occupait de ces choses, c’était maman qui prenait le relais. Pas étonnant qu’il se sente mal à l’aise à l’idée de ne pas faire les réservations d’hôtel lui-même.
Nous avions des chambres à l’hôtel Gotham. Les réservations avaient été faites en temps et en heure et tout était parfait. Il y avait une télé dans la chambre, mais on était tellement fatigués qu’il n’était pas question de traînasser, surtout avec l’audition qu’on devait passer à dix heures le lendemain matin. Papa nous a enfermés à clé et il est sorti. Jermaine et moi nous nous sommes endormis sans dire un mot.
Le lendemain matin, nous étions tous réveillés avant que papa nous appelle. Nous étions tout aussi excités que lui. Cette audition était inhabituelle pour nous parce que, jusqu’ici, les gens que nous avions rencontrés dans les différents endroits où nous avions chanté ne s’attendaient pas à ce que nous soyons aussi professionnels. Ce serait peut-être plus difficile cette fois-ci. Le public nous avait toujours acclamés dès le début, dans les boîtes comme dans les concours, et papa disait que plus on passait de temps sur scène, plus ils en voulaient.
Nous sommes remontés dans le bus VW après avoir pris un bol de céréales et du lait dans un snack-bar. Il y avait des " rillons " au menu, signe qu’il y avait beaucoup de gens du Sud parmi les clients. Nous n’étions jamais allés dans le Sud, bien que maman ait ses racines là-bas. C’était notre désir le plus cher d’aller visiter cette région pour mieux connaître nos frères de couleur, surtout après la mort du docteur Martin Luther King. Je me rappelle le jour où il est mort. Tout le monde était bouleversé. Nous n’avons pas répété cette nuit-là. Je suis allé à l’église avec maman et les autres. Les gens pleuraient comme s’ils avaient perdu un membre de leur famille. Même les hommes, qui d’habitude sont moins démonstratifs, n’arrivaient pas à contrôler leur émotion. J’étais trop jeune pour comprendre l’aspect tragique de la situation, mais quand j’y pense aujourd’hui, j’ai envie de pleurer, pour le docteur King, sa famille, et pour nous tous.
Jermaine fut le premier à localiser le studio, qui avait la réputation de produire les plus grands hits des USA. Il avait l’air assez mal tenu, et je ne m’attendais pas à ça. Nous nous demandions qui nous allions rencontrer au cours de cette journée. Papa avait exigé que nous nous taisions. Lui seul avait le droit de parler. Nous n’avions qu’à faire notre travail et à nous défoncer encore plus que d’habitude. Ça paraissait difficile, parce qu’on se donnait toujours à fond, mais on comprenait ce qu’il voulait dire.
Il y avait beaucoup de gens qui attendaient à l’intérieur, mais papa parlementa avec un type en chemise blanche et cravate qui était venu nous accueillir. Il nous connaissait chacun par notre propre prénom, ce qui était stupéfiant. Il nous demanda de poser nos manteaux et de le suivre. Les autres nous regardaient comme si nous étions transparents. Je me demandais ce qu’ils pouvaient bien faire là, d’où ils venaient, et s’ils attendaient dans cet endroit depuis des jours et des jours dans l’espoir d’avoir un rendez-vous.
Quand nous sommes entrés dans le studio, un des types de Motown était en train de régler une caméra vidéo. Papa disparut dans une des cabines téléphoniques pour parler à quelqu’un. Moi j’essayais de faire comme si on était au théâtre Fox, comme s’il s’agissait d’une représentation comme les autres. En regardant autour de moi, je décidai que si un jour j’avais mon propre studio, j’aurais un micro semblable à celui de l’Apollo, un qui disparaît dans le sol. Un jour j’avais failli me casser la figure en descendant les marches du sous-sol pour essayer de voir où il disparaissait.
Puis nous avons fait notre " travail ". La dernière chanson que nous avons chantée s’appelait " Who’s Lovin’ You ". A la fin, personne n’a applaudi. Pas un mot, rien ! Moi je ne supportais pas de ne pas savoir ce qu’ils en pensaient alors j’ai dit :
" C’était comment ? "
Mais Jermaine m’a fait signe de me taire. Les musiciens qui nous avaient accompagnés se marraient derrière nous. L’un d’eux m’a fait un petit clin d’œil et s’est mis à rire. Je ne savais pas où me mettre et je suis sûr que mes frères éprouvaient la même chose.
Le type qui nous a raccompagnés a seulement dit : " Merci d’être venus. " Le visage de papa était impénétrable. Il ne montrait aucun signe de plaisir ou de mécontentement. Il faisait encore jour quand on est partis. On est revenus à Gary par la 1 94, complètement éteints, surtout à l’idée d’avoir les devoirs de classe à faire en arrivant pour le lendemain matin. Tout ça pour ça ?
04 janvier 2009
Moonwalk: L'autobiographie de Michael Jackson.
Continuons ensemble à renter dans l'univers du Roi de la Pop, avec la quatrième partie du Chapitre 1 de son autobiographie "MOONWALK".
"Des mômes qui rêvent" (Chapitre 1 - 5ème partie)
Un jour, peu de temps après nos expériences dans les clubs de Chicago, papa rapporta une cassette de chansons que nous n’avions jamais entendues auparavant. On se demandait bien pourquoi il nous faisait écouter ça, car jusqu’ici, il ne nous passait que des chansons connues. C’était la voix d’un type qui ne chantait pas très bien, avec un vague accompagnement de guitare. Papa nous dit que le type en question n’était pas vraiment un chanteur, mais quelqu’un qui écrivait des chansons et qui avait son propre studio d’enregistrement à Gary. Il s’appelait M. Keith et il nous avait donné une semaine pour apprendre ses chansons. Nous pourrions en faire un disque éventuellement. Naturellement, nous étions prêts à enregistrer n’importe quoi pourvu que ce soit un disque.
Nous avons travaillé surtout la musique, sans nous préoccuper des mouvements de scène qu’il faut apprendre en même temps, normalement. Ça n’était pas aussi amusant que le répertoire déjà connu, mais nous étions suffisamment professionnels pour cacher notre déception, et donner tout ce que nous pouvions. Quand nous avons senti que nous étions prêts et que nous avions fait le maximum, papa nous a fait faire une petite maquette, après quelques faux départs et quelques critiques sévères. Un ou deux jours plus tard, papa est revenu de chez M. Keith avec de nouvelles chansons que nous devions travailler pour notre premier enregistrement.
Comme papa, M. keith était un ouvrier d’usine qui adorait la musique. Mais il y avait aussi un pied dans l’enregistrement et la production de disques. Son studio et son label s’appelaient Steeltown. Quand j’y repense, je suis sûr que M. Keith était tout aussi excité que nous à l’idée de faire ce disque. Son studio était en plein centre-ville, et nous sommes allés chez lui un dimanche matin de bonne heure, juste avant mon émission de télé favorite : " The Road Runner Show ". M. Keith nous accueillit à la porte et nous fit entrer dans son studio ; il nous montra une petite cabine en verre avec un tas d’appareils à l’intérieur, et il nous expliqua à quoi ils servaient ; ce n’était pas le moment de tripoter les machines, du moins dans ce studio. Je mis un casque sur mes oreilles, et avec cet étrange machin qui me descendait jusqu’au cou, je décidai d’avoir l’air prêt à tout.
Mes frères essayaient de voir où ils allaient brancher leurs instruments et à ce moment-là, des choristes et une section de cuivres sont arrivés. D’abord, j’ai cru qu’ils étaient là pour enregistrer après nous. Mais ils étaient là pour enregistrer avec nous et nous étions ravis. Papa n’avait pas bronché. Visiblement, il était au courant. C’est pas facile de surprendre mon père. Il nous demanda d’obéir à tout ce que nous demanderait de faire M. Keith, quand nous serions dans la cabine d’enregistrement. Si nous faisions tout ce qu’il nous demandait, le disque se passerait très bien.
Quelques heures plus tard, nous avions fini la première chanson de M. Keith. Certains choristes et joueurs de cuivre n’avaient pas l’habitude de recommencer encore et encore jusqu'à ce que ça soit parfait. Mais ils n’avaient pas un manager perfectionniste comme le nôtre et ils trouvaient ça difficile. C’est à ce moment-là qu’on a compris que papa nous faisait travailler comme des vrais professionnels. Nous sommes revenus plusieurs dimanches de suite, après des répétitions intenses pendant le semaine. Chaque fois, nous rapportions une copie de l’enregistrement. Un dimanche, papa apporta sa guitare et il joua avec nous. C’est la seule fois qu’il a enregistré quelque chose avec nous.
Une fois les disques pressés, M. Keith nous donna des boîtes de disques pour que nous puissions les vendre à l’entracte et après nos spectacles. Nous savions que ce n’était pas la façon dont les groupes connus opéraient, mais il fallait bien démarrer quelque part, et à cette époque-là, avoir son nom sur un disque était une affaire. On se sentait vraiment privilégiés.
Ce premier quarante-cinq tours Steeltown, s’appelait " Big Boy ". C’était une bonne chanson, qui racontait l’histoire d’un garçon qui tombe amoureux d’une fille. Pour vous donner une idée de la chose, imaginez un môme maigrichon de neuf ans en train de chanter ça. Les paroles disaient que je voulais davantage qu’un joli conte de fées, mais en réalité, je ne comprenais rien à ce que je chantais. Je chantais seulement ce que l’on me demandait de chanter.
Quand ce disque, qui avait une ligne de basse d’enfer, est sorti, et que les radios locales de Gary ont commencé à le diffuser, c’était vraiment un événement dans le quartier. Personne ne voulait croire que c’était notre disque. Et même nous, nous avions du mal à y croire aussi.
Après ce premier disque Steeltown, nous avons recommencé à participer aux concours d’amateurs, à Chicago. Généralement, les autres artistes, surtout ceux qui passaient après nous, me voyaient débarquer avec stupeur, parce que j’étais minuscule. Un jour, j’ai vu Jackie, plié en deux, mort de rire, comme si quelqu’un lui avait raconté une histoire vraiment drôle. C’était mal parti pour lui si papa s’apercevait qu’il était dans cet état avant de monter sur scène. Papa le repéra aussitôt et se dirigea vers lui pour lui dire deux mots, mais Jackie lui raconta un truc à l’oreille et papa se mit à rire lui aussi en se tenant les côtes. Moi aussi, je voulais connaître l’histoire. Papa raconta, avec une pointe de fierté dans la voix, que Jackie avait entendu les autres artistes parler entre eux et l’un d’eux avait déclaré :
" On a intérêt à ne pas se faire avoir par ces Jackson 5, avec ce nain qu’ils ont dans leur équipe. "
J’étais furieux, parce que mon amour-propre étais blessé. Je trouvais ça très méchant. C’était pas ma faute si j’étais le plus petit, mais tous mes frères étaient écroulés de rire. Papa m’expliqua qu’ils ne riaient pas de moi. Je devais être fier au contraire d’être pris pour un adulte par nos concurrents. Ils croyaient que j’étais un des elfes du Magicien d’Oz. Papa ajouta que si nous suscitions autant d’envie et de jalousie de la part de ces types que nous en avions reçu des gamins de notre quartier, à Gary, c’est que c’était gagné pour nous à Chicago. Mais ce n’était pas aussi simple. Il fallait d’abord jouer dans les clubs bien côtés de Chicago. Papa signa un contrat pour que nous puissions passer dans les bons clubs de Chicago et il nous inscrivit au Théâtre Royal pour un concours d’amateurs. Il était allé voir B.B. King le soir de son fameux enregistrement en public. On avait d’ailleurs suggéré à Tito de baptiser la guitare que papa lui avait offerte quelques années plus tôt " Lucille de B.B. King ", en hommage au musicien.
On a gagné le concours trois semaines de suite, en chantant une nouvelle chanson à chaque fois pour exciter la curiosité des habitués. Certains concurrents commençaient à trouver qu’on exagérait de revenir à chaque fois, mais on était tous là pour la même chose : gagner. La récompense la plus alléchante dans ce concours, c’est que si on gagnait trois fois de suite, on était invités à revenir. Mais cette fois, on était payés, et ça se passait devant des milliers de spectateurs, et non pas devant quelques dizaines, comme c’était le cas quand on jouait dans les bars. Nous avons eu le privilège de faire ce spectacle avec Gladys Knight et les Pips qui chantaient une nouvelle chanson intitulée : " Through the Grapevine ". Ce fut une soirée géante.
Après Chicago, il restait encore un grand concours d’amateurs à gagner : celui du Théâtre Apollo à New-York. Beaucoup de gens pensaient que le fait de gagner le concours de New-York était qu’une question de chance, et rien d’autre. Mais papa était persuadé qu’en plus des gens de talent qui se produisaient, il y a avait beaucoup plus de gens des maisons de disques et des musiciens professionnels à New-York qu’à Chicago. Si on pouvait gagner à New-York, on pouvait y arriver n’importe où. C’était ça, l’Apollo pour papa. Chicago avait déjà fait parvenir des informations sur nous avant qu’on arrive à New-York et notre réputation était telle qu’on nous fit passer directement en finale, sans nous imposer les éliminatoires. |
Gladys avait déjà évoqué la possibilité pour nous d’aller à Motown, de même que Bobby Taylor, un membre des Vancouvers qui s’était lié d’amitié avec papa. Bien sûr, on rêvait d’aller auditionner à Motown, mais c’était un projet qui se réaliserait plus tard. Nous sommes arrivés à l’Apollo, dans la 125ième rue, avec deux bonnes heures d’avance. Nous nous sommes baladés dans le théâtre et nous avons admiré toutes les photos d’artistes blancs et noirs qui étaient venus jouer là. Le manager nous montra les loges, mais moi, j’étais en arrêt devant les photos de mes chanteurs préférés. Tandis que mes frères faisaient connaissance avec les autres artistes de la première partie du spectacle, moi j’observais soigneusement les photos, parce que je voulais m’imprégner de chacun de leurs gestes, de leurs mimiques. Je regardais la façon dont leur pieds étaient placés, comment ils tenaient leur micro, et je me demandais pourquoi ils s’y prenaient comme ça. Après avoir étudié James Brown dans les coulisses, je connaissais chacun de ses pas, de ses grognements, chacune de ses pirouettes. C’est vrai que rien qu’à le regarder sur scène, on était épuisé, vidé par l’émotion. Sa présence physique ahurissante, le feu qui sortait de chaque pore de sa peau étaient phénoménaux . On pouvait presque sentir chaque goutte de sueur coulant sur son visage, et ce qu’il éprouvait à ce moment-là. Je n’ai jamais vu personne se défoncer comme ça sur une scène. Vraiment incroyable ! Quand je regardais quelqu’un que j’aimais, c’est comme si j’étais à sa place. James Brown, Jackie Wilson, Sam and Dave, les O’Jays, ils faisaient vraiment " travailler " leur salle. J’ai énormément appris en regardant Jackie Wilson. Tout ceci a contribué à m’apprendre mon métier. Nous, on restait là, derrière les rideaux, à regarder les artistes sortir de la scène en sueur, après leur représentation. Moi, j’étais pétrifié, et je les regardais passer, avec leurs magnifiques chaussures de luxe. Mon rêve, c’était de pouvoir avoir une paire de chaussures en cuir de cette qualité. J’avais le cœur brisé parce que ces chaussures n’existaient pas pour les petits garçons. Je faisais toutes les boutiques dans l’espoir d’en trouver une paire et on me disait à chaque fois : " On ne les fait pas pour les petites tailles. " J’étais très malheureux parce que je voulais avoir les mêmes que celles que j ‘avais vues sur scène, brillantes, chatoyantes, et changeant de reflets sous les lumières. Oh, je voulais tellement avoir les mêmes chaussures que celles que portait Jackie Wilson ! |
22 décembre 2008
Moonwalk: L'autobiographie de Michael Jackson.
Continuons ensemble à renter dans l'univers du Roi de la Pop, avec la troisième partie du Chapitre 1 de son autobiographie "MOONWALK".
"Des mômes qui rêvent" (Chapitre 1 - 3ème partie)
Mon père décida alors que ce qui se passait dans sa famille commençait à devenir sérieux. Il passa de moins en moins de temps avec les Falcons et de plus en plus de temps avec nous. On travaillait tous ensemble et il nous apprenait la technique de la guitare et tous les trucs qu’il connaissait. Marlon et moi étions trop petits pour jouer, mais on regardait et on apprenait en regardant. L’interdiction d’utiliser la guitare de papa en son absence était toujours maintenue, mais mes frères passaient outre dès qu’il avait le dos tourné. La maison de la rue Jackson était envahie par la musique. Papa et maman avaient payé des leçons de musique à Rebbie et Jackie quand ils étaient petits, aussi avaient-ils de bonnes bases. Nous, nous allions dans les écoles de musique de Gary. Pourtant, tout ce travail n’était pas suffisant pour user toute notre énergie.
Les Falcons gagnaient de l’argent dans les concerts, et même si cet argent n’était pas régulier, ça faisait toute la différence pour nous. On avait assez pour manger et vivre, mais bien entendu il ne restait rien de superflu. Maman travaillait à mi-temps dans le grand magasin Sears. Papa allait encore à l’usine, et tout le monde mangeait à sa faim. En y repensant, financièrement on se trouvait quand même dans une sorte d’impasse.
Un soir, papa tardait et maman commençait à se faire du souci. Quand il est arrivé, elle s’apprêtait à lui tailler un costume. C’était une scène qu’on voulait pas manquer. Mais il passa la tête par la porte, avec un petit sourire malicieux en essayant de cacher quelque chose derrière son dos. Ce fut un choc pour tout le monde quand il brandit une superbe guitare rouge flamboyante, légèrement plus petite que la sienne. On espérait tous qu’il nous donnerait la vieille guitare du placard. Mais papa déclara que la nouvelle était pour Tito. Papa demanda à Tito de nous la prêter à condition que ce soit pour travailler sérieusement. Pas question de l’emporter à l’école ou de la sortir de la maison pour frimer. C’était un cadeau sérieux et ce jour-là fut un moment mémorable dans la vie de ma famille.
Maman était contente pour nous, mais elle savait aussi que son mari avait des projets très ambitieux pour nous. Il avait commencé à lui parler le soir quand nous dormions. Il rêvait, et la guitare n’était que le début de ses plans. Très vite, il nous a acheté non plus des cadeaux, mais de l’équipement. Jermaine reçut une basse et un ampli. Jackie, des shakers. Petit à petit, notre chambre se mit à ressembler à un magasin de musique. J’entendais souvent papa et maman se disputer parce que tous ces instruments et accessoires coûtaient beaucoup d’argent et qu’elle avait déjà du mal à joindre les deux bouts. Mais papa savait la persuader et il connaissait toutes les ficelles.
On avait même des micros dans la maison. A l’époque, ça représentait un véritable luxe, surtout pour une femme qui devait gérer un budget très petit, mais j’ai très vite compris qu’il ne s’agissait pas d’un caprice inutile. Cela nous permettait de nous préparer pour les concours d’amateurs que nous faisions très souvent. J’y ai vu des gens qui devaient sûrement chanter très bien quand ils étaient chez eux, mais qui ne savaient pas se servir d’un micro et qui criaient trop fort, comme s’ils voulaient prouver qu’ils n’en avaient pas besoin, ou qui tout simplement étaient paralysés dès qu’ils se retrouvaient devant cet appareil. Ils n’avaient pas l’avantage que nous avions, avantage que seul l’expérience peut donner. Je pense que cela a rendu jaloux beaucoup de nos concurrents. Il est certain que notre maîtrise des micros nous donnait un plus sur eux. Mais puisque nous faisions tellement de sacrifices, en loisirs, amis, travail scolaire, personne avait le droit de nous en vouloir. Nous devenions vraiment bons, mais nous travaillions comme des adultes. |
Pendant que je regardais mes frères plus âgés, papa avait décidé de nous joindre deux jeunes garçons à l’orgue et à la batterie. Il s’agissait de Johnny Jackson et Randy Rancifer. Marlon, quant à lui, jouait des bongos. Motown a prétendu par la suite qu’ils étaient nos cousins, histoire d’embellir la mythologie familiale. C’était faux. Par contre, nous étions devenus un véritable orchestre. Moi, j’étais comme une éponge, et j’essayais d’emmagasiner autant que je pouvais, en observant les autres. J’étais complètement fasciné quand mes frères répétaient, ou jouaient pour une œuvre de charité, ou dans les centres commerciaux. Celui qui m’épatait le plus, c’était Jermaine, parce qu’il était le chanteur, et qu’il était mon grand frère, Marlon était trop proche de moi. Jermaine m’emmenait à la maternelle, et j’héritais de tous ses vêtements. Quand il faisait quelque chose, j’essayais de l’imiter. Quand j’y parvenais, je faisais mourir de rire mes frères et mon père, par contre, quand j’ai commencé à chanter, ils m’ont écouté. Je chantais avec une voix de bébé, en imitant les sons que j’entendais. J’étais tellement jeune que je n’avais aucune idée de ce que signifiaient les mots que je disais, mais plus je chantais, plus ma voix s’affirmait. J’ai toujours su danser. Comme Marlon n’avait qu’un an de plus que moi, je le suivais partout et je l’observais, parce que Jermaine devait porter sa basse. Très vite, je me suis préparé à rejoindre mes frères en m’exerçant à chanter tout seul à la maison. En travaillant tous ensemble, nous avons très vite pris conscience de nos forces et de nos faiblesses, et chacun trouva sa place, naturellement. |
Notre maison, à Gary, était minuscule. Il n’y avait que trois places, mais à ce moment-là, elle me paraissait plus grande. Quand on est petit, le monde entier paraît tellement plus vaste. Quand nous sommes retournés à Gary quelques années plus tard, ce fut une véritable surprise de voir combien la maison était petite. Elle n’était pas plus grande qu’un garage, et pourtant, quand on y vivait, à nous les enfants, elle nous convenait très bien. J’ai un souvenir très vague de l’école, si ce n’est le premier jour d’entrée à la maternelle, que j’avais détesté : je ne voulais pas quitter ma mère. Par la suite, comme tous les autres, je m’y suis fait, et j’ai adoré mes institutrices. Elles étaient toujours très douces et très affectueuses avec moi. Chaque fois que je passais d’une classe à l’autre, elles pleuraient et m’embrassaient en me disant que ça leur faisait beaucoup de peine que je les quitte. Je les adorais à un tel point que je volais les bijoux de ma mère pour leur en faire cadeau. Elles étaient très touchées, mais quand ma mère s’en est aperçue, j’ai dû mettre un terme à ma générosité. Ce besoin que j’avais de leur donner quelque chose montrait toute la gratitude que j’avais pour l’amour que l’on me donnait. Un jour, en primaire, j’ai participé à un petit spectacle, organisé à l’école. Il fallait que chacun participe à sa manière. En rentrant chez moi, j’en ai parlé avec mes parents. On a décidé que je porterais des pantalons noirs et une chemise blanche et que je chanterais " Climb Ev’ry Mountain " un extrait de " The Sound of Music ". Quand j’eus fini de chanter, la réaction du public me submergea. Tout le monde souriait et la salle croulait sous les applaudissements. Certains étaient debout. Mes institutrices pleuraient. Je n’en revenais pas. Je les avais rendus heureux. C’était extraordinaire. En même temps, je me sentais embarrassé, parce que personnellement, je ne me trouvais rien de spécial. Je chantais seulement comme j’avais l’habitude de le faire chez moi tous les soirs. Quand on est sur scène on n’a aucune idée de l’image qu’on projette de l’autre côté. On se contente d’ouvrir la bouche et de chanter. À partir de ce jour, papa a commencé à prospecter pour nous trouver des concours d’amateurs. C’était un manager de premier ordre. Il dépensait beaucoup d’argent et de temps pour travailler avec nous. Le talent, c’est Dieu qui nous le donne, mais notre père nous a appris à le cultiver. De plus, je pense qu’on avait l’instinct du show-business. On adorait être sur une scène, et on donnait tout ce qu’on avait dans le ventre. Chaque soir, à notre retour de l’école, papa s’asseyait à côté de nous, et on répétait. On jouait pour lui, et il nous faisait ses critiques. Quand on se plantait ou qu’on faisait les fous, il nous ratait pas. Les coups de ceinture pleuvaient ! Il ne nous passait rien. Il était vraiment très sévère avec nous. Marlon en prenait souvent plus que nous. Par contre, moi, je me faisais battre pour des bêtises, en dehors des séances de répétition. Papa me rendait tellement fou de rage et me faisait tellement mal que j’essayais de me rebiffer et de lui rendre ses coups, ce qui ne faisait qu’aggraver les choses. Je lui balançais une chaussure par la figure, ou je tentais de lui mettre un coup de poing. Du coup, j’en prenais encore plus que les autres réunis. Je lui rentrais dedans et mon père me laissait sur le carreau. Maman m’a dit que je m’étais toujours rebiffé contre ses coups, même quand j’étais tout petit. Cela, je ne m’en souviens pas. Je me rappelle que je courais sous les tables pour lui échapper, et ça le rendait encore plus fou. Lui et moi, nous avons eu des relations très difficiles. On répétait " tout le temps ". Parfois, tard le soir, on s’amusait avec nos jouets. On a pu faire quelques parties de cache-cache, ou sauter à la corde, tout au plus. La plupart du temps, on travaillait. Je me souviens que nous nous précipitions tous sur nos instruments dès que nous entendions mon père arriver. S’il ne nous trouvait pas en train de répéter, ça risquait de chauffer pour nous. Maman nous aidait autant qu’elle le pouvait. C’est elle qui avait senti notre talent et elle continuait à nous encourager à utiliser notre potentiel. J’ai du mal à imaginer que nous serions arrivés là où nous sommes sans son amour et sa bonne humeur. Elle s’inquiétait de nous voir travailler autant, de la tension dans laquelle nous vivions, mais nous voulions être les meilleurs et nous adorions la musique. |
14 décembre 2008
Moonwalk: L'autobiographie de Michael Jackson.
Continuons ensemble à renter dans l'univers du Roi de la Pop, avec la deuxième partie du Chapitre 1 de son autobiographie "MOONWALK".
Des mômes qui rêvent (Chapitre1 - 2ème partie)
Quand j’ai commencé à travailler avec mes frères, on nous appelait les Jackson. Puis, on est devenus les Jacksons Five. Plus tard encore, après avoir quitté Motown, nous sommes redevenus les Jackson.
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Chaque disque que le groupe ou moi avons enregistré a été dédié à ma mère, Katherine Jackson. Nous avons très vite pris notre carrière en main et nous sommes devenus producteurs de notre propre musique. Je me souviens quand ma mère me tenait dans ses bras en chantant : " You are my sunshine " et " Cotton field ". Elle chantait souvent pour nous. Même si elle a vécu en Indiana pendant un certain temps, ma mère a été élevée en Alabama, et les Noirs, dans cette région, entendent autant de country et de musique western à la radio que de gospels à l’église. | |
Elle aimait aussi Willie Nelson. Elle a toujours eu une voix magnifique. Je suppose que mon talent de chanteur vient d’elle, et de Dieu, bien attendu. | |
Maman savait jouer de la clarinette, et du piano, qu’elle a enseigné à ma sœur Maureen, surnommée Rebbie. Ma mère a su très jeune qu’elle ne pourrait jamais jouer de la musique qu’elle aimait sur une scène, non pas parce qu’elle n’était pas douée, mais parce qu’elle avait eu la polio étant enfant. Elle avait surmonté sa maladie, mais elle boitait irrémédiablement. Elle n’avait pas pu aller à l’école aussi longtemps que les autres, mais elle s’estimait heureuse d’avoir survécu à une époque où beaucoup d’enfants en mouraient. |
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Mon père a toujours été un mystère pour moi et il le sait. Je regrette vraiment de ne pouvoir me rapprocher de lui. Au cours des années, il s’est fabriqué une espèce de coquille, et en dehors des sujets de conversation liés au travail de notre entreprise familiale, il a du mal à nous parler d’autre chose. Même aujourd’hui, c’est difficile d’effleurer le sujet des rapports père-fils. Mon père est trop renfermé et moi-même, je suis gêné d’aborder ce genre de conversation. |
Mon père a toujours voulu nous protéger et ça n’est pas une mince affaire. Il a toujours essayé d’empêcher les gens de nous escroquer. Il s’est occupé de nos intérêts pour le mieux. Il a pu commettre quelques erreurs, mais son intention a toujours été de faire le mieux possible pour tous. Il faut dire aussi que mon père a réussi un véritable tour de force dans la façon de traiter avec les gens du show-business. Nous sommes peu nombreux, parmi les artistes, à avoir quitté l’enfance en possédant autant de biens (argent, biens immobiliers, investissements). Il a su protéger ses intérêts et les nôtres. Aujourd’hui, je peux donc lui dire merci de ne pas avoir profité de nous comme certains parents le font, dans ce métier. Il y a des parents qui volent leurs enfants. Mon père n’a jamais fait cela, mais je ne le connais pas mieux pour autant. Ça me rend un peu triste, car il reste un mystère total pour moi, et il le restera sans doute. Ce que j’ai reçu de mon père ne vient pas nécessairement de Dieu, même si la bible dit que l’on récolte ce que l’on a semé. Le message de papa est très clair : " Vous pouvez avoir le plus grand talent du monde, si vous ne le faites pas fructifier, il est perdu. " |
Joe Jackson a toujours aimé la musique, autant que ma mère, mais il savait que le monde ne s’arrêtait pas aux limites de la maison Jackson. Je me souviens qu’au départ il avait un groupe, les Falcons, et qu’ils répétaient chez nous tous les week-ends. Papa conduisait une grue dans son usine, et avec ses collègues il sillonnait la région pour aller jouer dans les clubs de la ville et les collèges de Chicago et du nord de l’Indiana. Quand il y avait des répétitions à la maison, papa sortait sa guitare du placard où elle était enfermée, et il la branchait sur l’ampli, en bas dans le sous-sol. Tout le monde se mettait en place et la musique démarrait. Il adorait le rythm and blues et cette guitare était son bien le plus précieux. L’endroit où il enfermait sa guitare était un véritable sanctuaire. Bien entendu, nous n’avions pas le droit d’y toucher. Papa ne venait jamais aux réunions religieuses avec nous, mais lui et maman savaient que la musique était un bon moyen de maintenir la famille à l’abri, dans un quartier où les gosses étaient déjà organisés en gangs, toujours prêts à recruter les mômes de l’âge de mes frères. Les trois aînés se débrouillaient toujours pour être là quand les Falcons répétaient. Papa leur faisait croire qu’il leur accordait un grand privilège en les laissant assister aux répétitions, mais en réalité il voulait qu’ils soient là.
Tito ne perdait pas une miette de tout ce qui se passait. Il apprenait le saxophone à l’école, mais il n’avait pas les mains assez grandes pour jouer les thèmes et les accords que jouait mon père. C’était logique qu’il suive les traces de mon père car il lui ressemble comme deux gouttes d’eau. La ressemblance est devenue encore plus frappante au fil du temps. Toujours est-il que mon père décida que personne ne devait toucher à sa guitare en son absence. Interdiction absolue !
Du coup, Jackie, Tito, et Jermaine guettaient les allées et venues de maman dans la cuisine, pour " emprunter " la guitare. Ils faisaient attention de ne pas faire de bruit en ouvrant le placard, puis ils se réfugiaient dans notre chambre et mettaient la radio à fond pour pouvoir jouer sans être entendus. Tito faisait des effets de scène en plaçant la guitare au-dessus de son ventre. Jackie et Jermaine jouaient chacun leur tour, et ils apprenaient toutes les gammes qu’on leur enseignait à l’école. Ils s’amusaient aussi à jouer " Green Onions " que l’on entendait souvent à la radio.
À cette époque-là, j’étais assez grand pour me faufiler avec eux et les regarder si je leur promettais de ne pas " rapporter ".
Finalement, un jour maman les a surpris. Ils étaient très inquiets Elle les gronda, mais leur promit de ne rien dire à papa tant qu’ils seraient prudents. Elle savait que la guitare les empêchait d’aller traîner dans la rue avec les voyous, et que pendant ce temps-là ils évitaient les coups et les bagarres, aussi ne voulait-elle pas leur retirer ce qui justement les mettait en sécurité.
Bien sûr, ce qui devait arriver arriva, et un jour une corde de guitare s’est cassée. Panique pour mes frères ! Ils n’avaient pas le temps de la réparer et d’ailleurs ils ne savaient pas comment changer une corde de guitare. Ils remirent donc la guitare dans le placard avant que papa ne revienne, en espérant qu’il croirait que ça s’était fait tout seul. Mais papa n’était pas né de la dernière pluie, et il était furieux. Mes soeurs me conseillèrent de me faire tout petit et de me cacher. Papa cria après Tito, qui s’était réfugié sur son lit. Tito avait peur mais papa lui mit la guitare sous le nez en le regardant d’un air inquisiteur et dit : " Montre-moi ce que tu sais faire. "
Mon frère reprit ses esprits et lui fit une petite démonstration des trucs qu’il avait appris tout seul. Quand mon père vit que Tito savait jouer, il se douta bien que ce n’était pas la première fois qu’on lui empruntait sa guitare, mais que personne ne s’en était servi comme d’un jouet. La corde cassée n’était qu’un incident normal. C’est là que ma mère est intervenue pour plaider en notre faveur.
Elle parla du talent musical de ses fils, et à force de lui rabâcher que nous étions doués, mon père finit par les entendre. Et il aima ce qu’il entendait. A partir de ce moment-là, Tito, Jackie et Jermaine se mirent à répéter ensemble avec acharnement. Deux ans plus tard, alors que j’avais environ cinq ans, maman fit remarquer à papa que j’avais une belle voix et que je savais jouer des bongos. C’est comme ça que je suis devenu membre du groupe.
07 décembre 2008
Moonwalk: L'autobiographie de Michael Jackson.
Moonwalk est une autobiographie écrite par Michael Jackson, la star de la pop, parue en 1988.
Michael Jackson révèle beaucoup d'informations dans ce livre, notamment sur son enfance, sur ce qui l'a inspiré à devenir ce qu'il est et sur ce qu'il a vécu, ressenti hors scène depuis sa naissance jusqu'en 1988. On entre totalement dans son univers dans son esprit.
On peut découvrir à travers cette biographie :
- ses tout débuts dans la musique,
- ses souvenirs les plus lointains, les plus marquants, les plus simples,
- les personnalités qui l'ont influencé, qui l'ont aidé,
- ses rapports familiaux,
- sa façon de travailler,
- le véritable sens de certaines chansons,
- ses choix, ses déceptions,
- des réponses aux rumeurs des presses people (chirurgie, amour etc...),
- son amour de la musique, de sa famille, de ses fans...,
- sa pureté,
- sa vie, dans les moindres détails, dans le plus profond de ses pensées, comme si on était dans sa tête lorsqu'il raconte chaque instant !
Le livre a 290 pages pour six chapitres. Ces six chapitres ont pour noms dans l'ordre croissant :
- Des mômes qui rêvent
- La terre promise
- Bête de scène
- Moi et Q (Quincy)
- La danse : " Moonwalk "
- " All You Need Is Love "
Le livre est dédié au principal inspirateur de Michael jackson en matière de danse, Fred Astaire.
Dès à présent rentrons ensemble dans l'univers de Michael Jackson afin de connaître l'artiste au plus profond de lui même mais surtout essayer de comprendre qui se cache derière la mégastar accusé de tous les maux.
Chaque dimanche, venez découvrir une partie de ce livre qui décomposera comme suit.
Capitre 1 comportera 7 parties
Capitre 2 comportera 3 parties
Capitre 3 comportera 4 parties
Capitre 4 comportera 3 parties
Capitre 5 comportera 4 parties
Capitre 6 comportera 4 parties
Rentrons directement dans le vif du sujet.
Des Mômes qui rêvent. Chapitre 1 (1ere partie)
J'ai toujours voulu raconter des histoires. J'aimerais m'asseoir près du feu avec des gens autour de moi et inventer des contes, qu'ils arriveraient à voir en images, et qui les emmèneraient ailleurs, n'importe où, rien qu'avec des mots. J'aimerais les faire rire et les faire pleurer. Des histoires tellement émouvantes que leur âme en serait transformée. J'imagine ce que les grands écrivains peuvent ressentir, quand ils ont un tel pouvoir. Parfois, j'ai l'impression que je pourrais le faire aussi. C'est quelque chose que j'aimerais développer. Dans une certaine mesure, écrire des chansons demande la même habileté, provoque les mêmes émotions de joie et de tristesse. Mais une histoire est une esquisse. C'est du vif-argent. Il y a très peu de livres sur l'art de raconter, comment accrocher l'attention, comment rassembler un groupe de gens autour de soi et les amuser. Pas de costume, pas de maquillage, rien du tout, seulement vous et votre choix. Et avec ça, vous pouvez les subjuguer et transformer leur vie, l'espace de quelques minutes.
Pour commencer, il y a une chose que j'aimerais dire aux gens quand ils me demandent de leur parler de mes souvenirs des Jackson Five : j'étais tellement jeune à l'époque, quand nous avons commencé à travailler ensemble que j'ai presque tout oublié. La plupart des gens peuvent s'offrir le luxe de commencer plus tard dans leur carrière, à un âge où ils peuvent se rappeler le moindre détail, les "pourquoi" et les "comment", mais ce n'est pas mon cas. Moi je n'avais que cinq ans à ce moment-là. Quand vous n'avez pas assez de maturité pour comprendre ce qui se passe autour de vous, les gens prennent les décisions à votre place quand vous avez le dos tourné et vous n'êtes au courant de rien. Je me souviens seulement que je chantais de tout mon cœur, avec ma voix la plus aiguë, que je dansais avec la plus grande joie et que je travaillais trop pour mon âge. Je sais aussi que les Jackson Five ont commencé à vraiment bien marcher quand j'avais huit ou neuf ans.
Je suis né à Gary, en Indiana, par une chaude nuit d'été de 1958. J'étais le septième de neuf enfants. Mon père, Joe Jackson, est né en Arkansas et il a épousé ma mère en 1949. La famille de ma mère, Katherine Scruse, était de l'Alabama. Ma sœur Maureen est née l'année suivante et a eu la rude tâche d'être l'aînée. Jackie, Tito, Jermaine, LaToya et Marlon sont arrivés ensuite, puis je suis né avant Randy et Janet. |
Je me rappelle que mon père travaillait à l'usine de métallurgie. Il faisait un travail dur et abrutissant et il jouait de la musique pour s'évader. Ma mère, de son côté, travaillait dans un grand magasin. A cause de mon père, et de ma mère qui adorait la musique, on y était plongés du soir au matin. Mon père et ses frères avaient un groupe qui s'appelait les Falcons et ils jouaient du rythm and blues, dans la région. Mon père jouait de la guitare, et avec son frère, ils interprétaient les grands succès du blues et du rock'n roll, de Chuck Berry, Little Richard, Otis Redding et des autres. Tous ces styles étaient étonnants, et nous étions profondément influencés par cette musique, même si nous n'en étions pas conscients. Les Falcons répétaient dans la salle à manger de notre maison, à Gary, et moi, j'ai été bercé et nourri au rythm and blues. Comme mon père avait neuf enfants et mon oncle huit, la famille était une véritable colonie de vacances. La musique était notre activité commune et mon père avait un sens de la famille très développé. Les Jackson Five viennent de cette tradition familiale. Par la suite, nous sommes devenus les Jackson. Mais à cause de cette éducation musicale et de cet apprentissage, j'ai cherché à me singulariser et à créer mon propre son et mon propre style. |
Au fond, quand je pense à mon enfance, je ne me souviens que du travail, même si j'adorais chanter. Personne ne m'a obligé à monter sur les planches et à me faire entrer dans le show-business comme les parents de Judy Garland l'ont fait. Moi je l'ai fait parce que j'adorais ça et parce que c'était aussi naturel pour moi que de respirer. Je l'ai fait parce que j'étais poussé, non pas par mes parents ou ma famille, mais par une force intérieure qui m'entraînait dans le monde musical. Il faut bien que je dise pourtant qu'il y a eu des moments où, quand je revenais de l'école, j'avais tout juste le temps de poser mon cartable et de me préparer pour aller au studio. Là, je chantais jusqu'à une heure avancé de la nuit, et je rentrais me coucher. Mes camarades de classe dormaient depuis longtemps. Il y avait un parc juste en face des studios Motown, et il y avait souvent des gamins en train de jouer. Je les regardais, stupéfait de savoir que les autres enfants étaient libres de jouer. J'aurais aimé avoir la même liberté. J'aurais voulu m'évader et être comme eux. C'était des moments un peu tristes. Ceci est vrai pour tous les enfants-stars. Élizabeth Taylor m'a dit qu'elle avait éprouvé la même chose. Quand on est petit et qu'on travaille à l'âge où les autres enfants s'amusent, le monde peut vous paraître terriblement injuste. Personne ne m'a obligé à devenir le petit Michael, le chanteur soliste, je l'ai fait et j'ai aimé ça, mais c'était un travail dur. Quand on faisait un disque, on entrait parfois en studio juste après l'école sans avoir le temps de manger. Quand j'arrivais chez moi, et qu'il était onze heures ou minuit, j'étais tellement fatigué que je n'avais pas faim. C'est pourquoi je comprends complètement les gens qui ont travaillé très jeunes. Je sais à quel point ils ont lutté, et ce qu'il ont sacrifié. Je sais aussi ce qu'ils ont appris. Je sais que cela devient une sorte de défi quand on est plus vieux. Je me sens vieux, mais j'ai des bonnes raisons de l'être. J'ai vraiment le sensation que mon âme est vieille ; que j'en ai vu de toutes les couleurs. Et à cause de toutes ces années, j'ai souvent du mal à réaliser que je n'ai que vingt-neuf ans. Ça fait vingt-quatre ans que je suis dans le show-business. Il m'arrive même d'avoir l'impression que j'arrive à la fin de ma vie, que je vais avoir dans les quatre-vingt ans. |















































